Tribalisme : construction et deconstruction

Le tribalisme est un fléau qui mine aujourd’hui nos sociétés africaines en général, et camerounaise en particulier. Mais la première chose qu’il faut comprendre est que le tribalisme est, comme le racisme, une construction. Dans le cas du racisme en plus, la différence raciale est à la base beaucoup plus remarquable que la différence tribale. Le tribalisme est donc une construction, mais une construction malsaine qu’il faut déconstruire.

Une construction

Si nous avions oublié la réalité tribale présente dans notre pays, l’actualité sociopolitique intense depuis 1 an à peu près, nous a suffisemment rappelé que ce fléau est dans l’air que nous respirons, et qu’il doit être addresser et combattu autrement il continuera la polution de notre environnement et posera les germes de la division et de l’autodestruction de cette jeune nation camerounaise.

Mais avant de continuer, je voudrais d’abord essayer définir le tribalisme.

Le tribalisme est l’élevation d’une tribu au dessus d’une autre ou le favoritisme pour une tribu au détriment d’une autre avec cette elevation ou ce favoritisme fait principalement sur des bases ethniques ou tribales. Et corrollairement, le tribalisme est le rabaissement d’une tribu en dessous d’une autre, ou le dénigrement d’une tribu pour promouvoir une autre, et toujours fait principalement sur des bases tribales. Les actes tribalistes sont donc des actes commis en stigmasant, en denigant, en defavorisant ou en elevant un individu ou une communauté à cause principalement de la tribu.

Ainsi dit, nous ne nous trompons pas si nous disons que le tribalisme, comme il est compris, est une construction, car personne ne nait avec la conscience de sa tribu. On nous l’apprend, on construit cela en nous et une grande majorité de camerounais a été de façon forte ou légère élevée au biberon du tribalisme. Mais beaucoup également ont su sorti de ce paradigme en grandissant, en se confrontant aux autres.

Toutefois, le problème principal à mon sens aujourd’hui est qu’il y a des personnes qui entretiennent ce tribalisme qui s’en nourissent, s’en richessent, et ces personnes ont souvent une position assez importante pour influer un grand nombre.

Les principaux vecteurs

Au banc des accusés des vecteurs du tribalisme au Cameroun, en haut en tout premier rang, j’accuserai l’État, le régime actuel et ensuite certains médias, puis certains personnages de réseaux sociaux. Il y a, c’est vrai, d’autres gens sur le banc des accusés, car tout tribaliste est un vecteur du tribalisme, mais je parle ici des « grands influenceurs », rendu grand influenceur ainsi à cause de leur contexte.

Accusé n°1.

Pourquoi l’État et le régime actuel?

– Déjà, parce que sa complicité au tribalisme est tacite. Malgré la responsabilité qui est la sienne de garant de la cohésion sociale, le régime actuel se garde bien de combattre le tribalisme, aucune mesure veritable n’est prise, et le gouvernement ne s’exprime véritablement jamais dessus. L’impression qu’il laisse, est qu’ils font dans le déni – comme si officiellement, il n y a pas un problème de tribalisme au Cameroun. En fait, ils font exactement comme ils ont longtemps fait en niant l’existence d’un problème anglophone, et puis récemment d’une crise anglophone. Cette position gouvernementale, fait du régime un complice, au-moins tacite du tribalisme.

– Parce que son mode d’administration et de recrutement : Il n’est pas peu rare d’entrer dans un service public ou administratif et de trouver une grande majorité de gens qui « parle la même langue ». C’est souvent une des langues beti, mais même si l’on entre dans un ministère dirigé par un bamiléké ou un sawa et que tout le personnel parle la langue du ministre bami ou sawa, ce serait la même chose, ce serait la même histoire.

D’ailleurs sur ce point, j’ai en mémoire une récente sortie d’un ancien journaliste anglophone de la crtv qui a beaucoup travaillé par la suite dans les organismes internationaux, il se désolait du fait qu’aujourd’hui quand on rentre dans toutes les ambassades camerounaises à l’étranger on y parle toujours la même langue… Cela traduirait bien quelque chose, une façon de faire du régime gouvernant actuel…

– Comme troisième élément de preuve que l’État est vecteur du tribalisme, on peut noter la promotion d’un monsieur comme l’actuel ministre délégué à la justice, dont tout porte à croire qu’il a été promu pour communiquer une certaine idéologie au relent tribaliste qui consisterait donc à s’attaquer à la théorie du supremacisme bamiléké, en fait l’État a dirait-on, sous-traité ce travail à cet ancien opposant.

Accusé n°2 : Certains médias

Il y a certains médias dont j’ai connaisance qui ont dédié certaines de leur émission à la promotion du tribalisme, avec certains journalistes et consultants en mission, c’est parfois affreux quand tu les écoutes. Il y a aussi un journaliste d’une radio à Yaoundé, qui lui a un discours qui n’a rien à envier au discours de ceux qui ont versé l’huile sur la flamme qui a embrasé le Rwanda ou qui a poussé une partie du peuple nazi à approuver l’extermination des juifs lors de la seconde guerre mondial… Il y a peut-être d’autres médias spécialisés dans la promotion du tribalisme que je ne connais pas, mais voilà ceux qui je pense se sont fait bien remarqué.

Accusé n° 3 : Certains acteurs de réseaux sociaux

Les réseaux sociaux sont peut-être aujourd’hui entrain de contester aux medias, le titre officieux de « quatrième pouvoir », car le pouvoir de la communication est de plus en plus entrain de passer dans les mains de ceux qui controlent les réseau sociaux, devenu lieu par excellence ou beaucoup s’informent.

Dans ce contexte, ou n’importe qui est un peu éloquent, ou qui sait se faire comprendre et qui a un smartphone peut devenir important et influent, on a constaté une recrudescence de ceux qui appellent à la haine et à la guerre tribale : Une femme peut se déclarer suprémaciste beti parce que les bétis seraient né pour gouverner, un écrivain bamiléké peut appeler à la guerre contre les bulus parce que selon lui le problème du Cameroun se sont les bulus, ou un amer camer peut menacer les bamilékés de les taper, et ces discours tribalistes pourraient se propager sur la toile, et parfois malheureusement trouver un terrain favorable dans des coeurs pernicieux et hop voilà comment le tribalisme est prêché avec force.

Une nuance importante

Il y a ici deux choses sur lesquelles je voudrais attirer l’attention :

– Denoncer ou s’offusquer du tribalisme n’est pas du tribalisme. Le fait de dire par exemple qu’il existe une élite béti qui est tribaliste, ou une élite bamiléké qui l’est ou une élite duala ou bassa’a qui est tribaliste, n’est pas du tribalisme tant que cela est dit avec des éléments de preuves convergents, et dit sans occulter et éviter de se prononcer sur le tribalisme d’autres communautés.

– Il ne faut pas confondre tribalisme et communautarisme : Il y a des peuples qui sont fortement communautaristes sans être autant tribaliste.
Je prend l’exemple des peuples du grand Nord, ils sont fortement communautaristes, aussi bien socialement que politiquement, sans que ça ne soit dans la plus part des cas du tribalisme, d’ailleur il semble que les peuples du grand-nord soient moins tribalistes que les sudistes, et poutant ils sont clairement plus communautaristes (Ils vivent et font des choix fortement en fonction de leur communauté).

Déconstruction

Comme solution, je commencerai par dire en tant que croyant et chrétien, qu’il faut que ceux qui croient en Dieu avec lequel il n’y a ni grec, ni juif, ni bamiléké, ni béti, ni pygmée, ni bantou, il faut que les chrétiens prient pour la nation dans laquelle ils vivent et celle de laquelle ils sont issus.

En secundo, puisque Dieu travaille via des hommes, et même via des magistrats, il faudrait aussi qu’il y ait une volonté politique de combattre ce fléau. Vu que le tribalisme est une construction malsaine, et que pour cette raison, elle doit être déconstruite, la volonté humaine et politique doit se manifester, par l’éducation et par la sanction :

– Par la sanction en légiférant dessus : Il faut une loi qui sanctionne sévèrement le tribalisme. Ça ne vas tout régler, mais ça va aider.
La loi qui proscrit la corruption est souvent ignoré, mais ça serait bien pire si elle n’existait pas.

On doit spécifiquement proscrire, en particulier dans l’adimistration publique des recrutements ou des licenciement fait sur la base tribale.
Même s’il y aura des abus et que beaucoup feront fi de ça, que l’on mette quand même dans le code pénal, ça va aider. Pour exemple, les recrutements et licensement sur base raciale sont spécifiquement proscrit dans plusieurs pays occidentaux et ça aide, même si cela n’éradique pas totalement le phénomène.

– La déconstruction doit surtout se faire par l’éducation en expliquant les méfaits et le mensonge du tribalisme aux enfants dès le bas âge : cela peut par exemple être inscrit au programme scolaire. Faire ceci, mais ne pas s’arrêter à l’école.

Il faudrait que les télévisions, en particulier les télévisions nationales fassent des ateliers dessus pour expliquer comment se construit le tribalisme, avec à chaque fois les différentes communautés représentées sur les plateaux, et dire pourquoi il doit être déconstruit.

On peut aussi mettre dans les divers services publics des affiches « NO TO TRIBALISM/NON AU TRIBALISME », certains vont s’en foutre, mais ces affiches vont parler à quelqu’un.

Ces quelques solutions ne demandent qu’un peu de bonne volonté politique, qui n’est pas vraiment la chose mieux partagée dans notre système gouvernant.

***

Pour finir, je vais dire ce que je pense être la plateforme qui peut déconstruire le tribalisme.

Faire notre contentieux historique,voire faire la conférence nationale souveraine, qui ne sera pas sans objet. Il faut ceci, parce que la construction du tribalisme est une partie de notre héritage historique. Nous devons faire face à notre histoire, autrement je ne sais pas comment nous allons nous en sortir en tant que nation.

J’aime bien l’histoire, et j’ai été marqué par exemple par la guerre de cessetion aux états unis qui était un pays probablement de loin plus divisé sur la question raciale que nous pouvons l’être aujourd’hui sur la question tribale. Et pourtant, il n’ont pas nié leur histoire, ils l’ont acceptés, étudiés, et ils ont appris à en tirer de bonnes leçons. Nous ne pouvons faire l’économie de nous regarder dans les yeux en tant que peuple avec un héritage tribale et dire que nous voulons combattre le tribalisme.

La solution n’est donc pas de devenir comme les predateurs tribalistes en employant les mêmes voies qu’eux, comme j’ai souvent entendu, qu’il faudrait s’attaquer au tribalisme par le tribalisme pour faire une sorte de contre-poid, non! La solution doit commencer avec le contentieux historique d’une manière ou d’une autre. Nous vivons des moments importants et deliquats pour le chemin que prendra notre nation.

Que Dieu bénisse le Cameroun!