Sarkozy aurait donc raison sur l’Afrique ?

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Certains Africains, même en reconnaissant la maladresse de ce fameux discours, fait à Dakar, partagent l’avis de Sarkozy au sujet de l’Afrique.

A la faveur de certaines réactions observées çà et là, défendues becs et ongles, de ces Africains soudainement éclairés, il m’a paru indispensable de présenter ce qui me parait comme nécessaire pour comprendre les circonstances et les soubassements de tels propos. D’emblée, ce discours ne peut poser que problème à celui qui regarde plus loin que ce que la contemporanéité médiatique lui offre et lui impose comme paradigme de l’histoire.

Victimisation ou Mémoire ?

Beaucoup parle de victimisation. Moi, je parle d’histoire, de mémoire. Chaque année, les Français célèbrent le débarquement en Normandie,  l’appel de Juin 1940 ou demandent aux leurs de lire la lettre de Moquet. La Marseillaise elle-même rappelle la sombre histoire, puis glorieuse épopée du peuple Français face aux despotes et rois tyrans. Les Américains commémorent le 11 Septembre et divers moments de leur histoire, jonchée de guerres patriotiques ou racistes (c’est selon) et de tristes réalités (ségrégations par exemple). Les Juifs se recueillent perpétuellement au sujet de la shoah. Ce faisant, ils ne sont pas taxés de victimisation. Pourquoi? Parce que c’est en perpétrant ces célébrations, qu’ils n’oublient JAMAIS. C’est une force pour avancer, pour ne plus faire des erreurs et mieux affronter l’avenir. Tout du moins, dans leurs logiques.

Or, il n’y a qu’aux Africains à qui on refuse le droit de commémorer ou de s’en rappeler, sous prétexte de se plaindre et de ne pas travailler. Parler de leurs histoires diverses et communes faites d’extorsions, comme cela a été le cas des Amérindiens, qui ont été pillés et dépossédés de leurs richesses, est signe de victimisation. Ces nouveaux Africains ne connaissent pas leurs histoires, mais ils en savent tellement sur les héros occidentaux d’avant, grecs, romains, turcs; qu’ils signifient si bien en les citant dans tout article qu’ils produisent. Ils sont admiratifs d’Obama et des stars de ce monde et réfutent à se réclamer de Soyinka ou de Nkrumah. Ils ne savent rien de la lutte des indépendantistes, ceux dont le sang a été versé pour que ces nouveaux Africains aient le droit aujourd’hui d’insulter leurs mémoires, au nom de prétendues vérités dites par Sarkozy ou un autre. C’est d’ailleurs les mêmes qu’on verra défiler avec Fillon, quand il dit que « la colonisation a été un partage de cultures« .

Quand un Africain parle de la traite négrière, de la colonisation et du néo-colonialisme, on dit qu’il se victimise. Quand un Occidental parle des injustices qu’il a subies, on dit qu’il commémore.

S’agissant de l’Afrique qui ne serait pas suffisamment rentrée dans l’histoire

Cela me rappelle cette fameuse définition d’école primaire où on nous disait que « l’histoire est la connaissance du passé, basé sur les écrits« . En d’autres termes, pas d’écrits, pas d’histoire. L’Afrique a beau avoir été le berceau de l’humanité, avoir abrité des civilisations aussi puissantes et rayonnantes comme l’Egypte (le grand empire, qui surpasse l’Egypte actuelle), l’empire Mandingue, l’empire Zulu, avoir contre son gré, participé au développement des Amériques et de l’Europe, a beau remplir les caisses du Trésor Français (à hauteur de 65% de ses revenus), influencé les différents mouvements culturels, participé à la libération des pays Occidentaux via le concept de « tirailleurs Sénégalais », offert des champions sportifs et philosophiques, cela ne veut rien dire à ces Africains « éclairés ». Selon eux, « entrer dans l’histoire » signifierait avoir une croissance basée sur les indicateurs du capitalisme, copier les modes de production destructrice de la Terre, s’exprimer comme ces derniers et s’acculturer, oublier son histoire et s’approprier celles des autres, faire la guerre sur toute la planète en privant les peuples de leurs droits, créer de grands groupes internationaux qui endettent des pays entiers, promeuvent l’amoralité, organisent les coups d’Etat, arrachent les terres des paysans, créent des maladies. Ils ont troqué leurs identités multiples, pour se définir comme « citoyens du monde » et faire le jeu de ceux qui détruisent.

L’Afrique serait-elle complice de son appauvrissement ?

A telle enseigne qu’ils ont fini par croire que la traite négrière était le fait absolu des négriers Africains. « C’est l’Africain qui a vendu son frère », ressassent-ils. Si OUI, comme ils le font aujourd’hui en vendant leurs consciences à l’Occident, se croyant plus Blanc que le Blanc? Il n’est pas d’ailleurs étonnant qu’ils soient psalmodiés dans les conférences Occidentales, car comment ne pas promouvoir les acolytes internes de ceux qui pillent et pilleront l’Afrique.

Mais bien y réfléchir, il ne leur est pas passé dans la tête la question de savoir ce que peut faire un chef Africain face aux armes Occidentales? Résister? Oui. Comme Chaka Zulu, comme Soumanguru Kanté ou plus récemment Lumumba, Um Nyobé ou plus loin de nous, dans d’autres civilisations, comme Geronimo et autres Samouraïs. Mais à la fin, être assassiné, quoi qu’en passant par des traitres. Mais le fait est là et le schéma, le même : l’Occidental vient, détruit et s’impose. Ceux qui peuvent tenir, le font et ceux qui ne peuvent pas, capitulent, sous le coup de la violence. Les terres Africains sont encore abreuvées du sang de ceux qui ont osé dire « non » et les vestiges coloniaux et esclavagistes, comme à Bimbia ou à Gorée, portent encore les cicatrices et les séquelles de la plus grande humiliation dite « civilisationnelle » de l’Occident sur l’Afrique. Et rien ne peut justifier cela, y compris les faiblesses de quelques chefs traitres ou les moqueries de Sarkozy et de ses disciples à la peau noire. Libres à chacun de croire qu’à cause de la poudre, du sel et du whisky, les chefs Africains auraient vendu les leurs, qui constituaient une énorme force de travail, y compris en tant qu’esclaves internes. Ne prenons pas les exceptions pour une généralité.

Puis, pour faire l’impasse sur le système de répartition des richesses du monde, mis en place par Otto Von Bismarck en 1884 et par les pays Européens (et qui sévit encore aujourd’hui, au travers du néo-colonialisme), les enfants des négriers culpabilisent les enfants des esclaves du fait de pleurer sur leurs douleurs.

C’est les Aimé Césaire, Ahmadou Ampaté Bâ et Martin Luther King Jr. qui doivent bien se lamenter sur cette Afrique qui n’a plus de repère que l’histoire selon l’Occident; l’histoire des vainqueurs me direz-vous. En gros et avec preuves à l’appui, la France peut organiser les massacres en Algérie et en Afrique noire, la Belgique au Congo, l’Angleterre aux Malouins (Argentine), en Chine et en Inde, les US au Vietnam et Japon, tant que ce n’est pas la génération des victimes qui se plaint, alors, tout va bien. Le pardon est une valeur essentielle dans des relations. Mais si l’offenseur justifie son offense et qu’en plus, l’offensé plébiscite l’offense, on ne parle plus de pardon, on atteint le trouble psychologique, la haute manipulation, la sorcellerie pour faire court. Voilà en quoi, les Occidentaux se moquent de ces nouveaux Africains, qui copient en tout, leurs maitres et ne se réalisent qu’en s’identifiant en eux et en prenant leur parti. Et voilà pourquoi, ils ont des problèmes avec Poutine, l’Iran, la Turquie et la Chine aujourd’hui car leurs élites, ne se déterminent pas en fonction de la déification de l’Occidental et se plaisent à célébrer leurs pays, leurs histoires, leurs civilisations. Au contraire.

L’opportunisme supposé du discours de Sarkozy

Et une fois qu’on a analysé tout ceci, en reconnaissant les torts de l’Afrique d’une part et les injustices qu’elle a subies, il faut encore questionner la légitimité de la personne qui le dit, à la fois sur sa moralité et sur son opportunité.

C’est donc que le futur assassin de Kadhafi, le pilleur de ce peuple et tant d’autres, le fomenteur de la destitution de Gbagbo et de la mise en péril de la Cote d’Ivoire, serait celui que ces Africains, représentants de cette fameuse « jeunesse éclairée », adoubent aujourd’hui. Nous avons par là-même des indications sur l’Afrique que nous voulons construire demain; celle d’une catégorie de personnes, qui sans cesse se remet à son colonisateur pour se crédibiliser. Vous avez dit « syndrome de Stockholm »? Comme si elle ne pouvait plus se défaire de son bourreau, tellement elle a subi ses affres, que son humiliation lui est devenue indispensable, comme un toxicomane face à son besoin vital de drogue.

Quant à l’opportunité, il faut juste se mettre à la place d’une femme qui a été violée et qui, des années plus tard, se retrouve avec son bourreau, celui-ci lui disant « je l’ai fait parce que tu étais en tenue affriolante. T’avais qu’à t’habiller décemment.« . Bien-sûr que s’habiller de façon provocante n’est pas toujours conseillé, mais rien ne justifie un viol; même quand la victime aurait « provoqué » cela.

Pour autant, l’Afrique doit travailler

…Et se battre et prospérer et retrouver son niveau d’antan que les pilleurs lui ont ravi. Cela passe aussi par des critiques, des remises en question, des dénonciations, du travail proprement dit, du patriotisme, des investissements, mais certainement pas par l’oubli des injustices qu’elle a subies. Car, on ne peut pas avancer, si on ne sait pas d’où l’on vient. Approprions-nous de notre histoire, en prenant ce qui est bon et rejetant ce qui est mauvais. Encore plus, cessons le complexe d’infériorité vis-à-vis du Blanc. L’ignorance n’est pas un crime, mais sa défense est plus que condamnable.

Qui a écrit cet article?

Sergeobee

Project Professional Manager, Chief Creative Officer, Marketing Manager, WebDevelopper, WebDesigner, Online and Digital Manager, producteur et animateur radio/TV et fondateur d'obosso. Founder et CEO d'artecaa, qui gère la plateforme de travaux ponctuels rémunérés eboloo.com.
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