Qu’est-ce qui coincerait avec la diaspora ?

This post is part of the series Rentrer ou pas rentrer : dilemme d’un Africain de la diaspora

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  3. Le dilemme des sacrifiés

Admirée d’un côté, abhorrée de l’autre

Depuis que le premier Noir a mis les pieds dans un pays Occidental et qu’il est rentré dans son pays d’origine, il semble que le rêve de voyager, de prendre la fameuse pose devant la Tour Eiffel ou de manger dans un McDo, soient devenus un rêve primordial pour certains Africains, surtout les Camerounais. Que ce soit la satire humoristique du sketch de Major Asse sur « le blanc-ci », le film « Paris à tout prix », le message dénoncé dans le « blanc d’Eyenga », même les chansons dites religieuses où on se promet de voyager coûte que coûte, chacune de ces œuvres soulignent à quel point vivre l’hiver pour une fois dans sa vie, est une forme d’absolutisme de vie, voire une quête de Graal. Il n’est pas étonnant d’ailleurs de voir à quel point les ambassades sont saturées par les demandeurs de visa.

Et quand on a réussi à y mettre pied, à envoyer quelques photos (notamment via Facebook pour que le monde entier sache que la galère est finie) et comble de bonheur, à obtenir un 06, on est certain que l’on va entendre son nom dans les boites de nuit, parfois dans une chanson ou le lire sur des murs autour d’un stade ou d’une célèbre place publique. Le mbenguiste – celui qui vit à l’Ouest, l’Occident, traduction du vocable duala « mbenguè » – est ZE signe du succès. Il incarne la réussite sociale, le point d’achèvement d’une vie savoureusement rêvée depuis l’enfance, en regardant la télévision ou en lisant les magazines people. Peu importe qu’il/elle soit smicard, éboueur, coiffeuse ou ingénieur confirmé, journaliste émérite, artiste de renom. Puisqu’il vit là-bas, le débat est clos : il a réussi. Point. Chapitre suivant. Circulez, y a rien à voir. Pourquoi alors s’étonner que les sessions dans les cybercafés et autres conversations WhatsApp, soient axées sur tout élément pouvant contribuer à se déplacer; particulièrement la nudité et la corruption.

De toute façon, voyager n’est pas un crime; ce n’est pas le but de ce billet. Ce serait un tort d’accuser ceux qui se déplacent pour des motifs légitimes et évidents, comme les profils de carrière, les conquêtes de marché (parce que le talent, y en a en Afrique, ça bouge) ou tout simplement pour des raisons familiales. Voyager n’a jamais été le problème et l’histoire de l’homme est faite de migrations, n’en déplaisent aux extrémistes politiques du monde.

Néanmoins, il y a parfois ce sentiment de supériorité qui gêne, qui dérange, que l’on retrouve chez certains frères et sœurs Africains. Supériorité purement subjective, qui n’est pas basée sur les valeurs humaines et/ou morales, mais uniquement sur la validation de soi au travers de la valeur que nous porte l’homme Blanc ou ses institutions. J’essaie de signifier simplement que parce qu’un entraineur est occidental, parce qu’un candidat a obtenu ses diplômes aux Etats-Unis, parce qu’un homme a vécu en Allemagne, ils ont plus de chances d’être considérés pour l’habitant local. Je ne parle pas de la compétence en elle-même, qui peut être justifiée. Je parle de cette hypnose acceptée socialement, qui ne discute et n’éprouve pas ce qui vient du Blanc ou du Noir, qui est passé un temps, par les mains du Blanc. Et on verra donc certains Noirs, désormais acquis à la cause Occidentale, jeter en pâture les leurs, de façon sournoise, dans les phrasés, les habitudes, les démonstrations professorales, les tenues vestimentaires. Le mépris accompagnant la répugnation des quartiers sales qu’ils font croire de découvrir; et dont ils aimeraient vite s’en départir. Se sentant plus Blancs que le Blanc, lobotomisés intellectuellement par ce qu’ils ont entendu et obnubilés culturellement par ce qu’ils ont vu, là-bas.

Devoir d’investir, pas de droit à critiquer

Heureusement qu’il existe encore des Africains au cœur Africain. Solidaires des leurs. Et qui le manifestent par des investissements réguliers et massifs vers le continent Africain. Les chiffres parlent de 431,6 milliards de dollars en 2015. Ce que les opérateurs téléphoniques et les banques n’ont pas manqué de relever en initiant des projets de transfert d’argent déguisés en startups  innovantes. C’est parce qu’en effet et justement les transferts d’argent pour besoin familiaux ou pour investissements, sont de plus en plus réguliers et colossaux. Cette attitude est plus que louable et à encourager.

Par contre, pour certains locaux, il faut qu’il reste bien et uniquement dans cette attitude. Il ne faut surtout pas qu’ils se mêlent de la gestion des choses politiques. « Envoie de l’argent et tais-toi », semblent-ils dire à ces expatriés. Ou dans d’autres cas, « si tu veux démettre le président ou changer les choses, viens le faire ici au pays ».

J’aborde là une question très délicate. D’une part, il me semble que réduire un la valeur d’un homme à son seul apport financier n’est rien d’autre que l’exploitation. Cela n’a rien de différent au (néo-)colonialisme, que l’on décrit très souvent. Comment peut-on réduire l’autre à une vache à traire ? C’est pourtant à la réalité de ces africains de la diaspora qui se sentent parfois stressés et coupables de ne pas toujours envoyer de l’argent au pays et parfois au détriment de leurs propres vies. Du point de vue local, comment peut-on bâtir et projeter sa vie sur les efforts de l’autre, sans tenir compte de ses réalités ? Disons-le une fois pour toute : c’est une honte et une ode à la paresse qu’il ne faut surtout pas encourager. Surtout pas !

Et quand ils ont fini de transférer de l’argent, on leur interdirait de contredire les gouvernements en place ? Je ne parle pas du contenu de leurs choix; chacun est libre de faire ses choix politiques. Mais on ne peut pas ôter le droit à certains nationaux, juste parce qu’ils sont de la diaspora, de penser pour leurs pays, y compris quand ils sont en désaccord. Ils votent pourtant depuis l’étranger, non ? Leurs finances aident les locaux, n’est-ce pas ? Pourquoi donc s’insurger qu’ils veuillent qu’en complément de leurs apports individuels que les gouvernements fassent pareil ? Il est évident que combattre politiquement sur place, aura plus d’effets, mais le faire dehors, n’est pas ridicule ou négligeable, surtout si l’on le fait humblement, sans paraitre le sauveur du pays.

Le débat est ailleurs

Je pense qu’une nation, une Afrique même, ont besoin de tous ses ressortissants, de toutes ses contributions, en investissant, en dénonçant et en apportant des réflexions intellectuelles, professionnelles ET (j’insiste sur le « ET ») des solutions pratiques. Je suis résolument persuadé – c’est le leitmotiv de ce blog – que nous devons sortir d’une vision étouffante des talents et contributions intellectuelles des fils de l’Afrique. On ne peut plus se résumer à nous opposer, nous Africains, dans des problématiques autres que l’avancée et l’intérêt général. On a vu ce que cela a donné dans certains pays, avec ces guerres tribales et racistes. On a été témoin des ivoirités et gabonités, des musulmans contre les Chrétiens, des nordistes contre les sudistes. A la fin, devinez qui trinque ? Je pense que chacun doit être considéré, où qu’il se trouve, indépendamment de sa position sociale et que les apports doivent passer par des critériums de contribution pour que tout le monde se sente participant d’un Cameroun qui avance et que ces contributions soient effectivement bien intégrées.

J’aimerais vous entendre là-dessus.

Qui a écrit cet article?

Sergeobee

Project Professional Manager, Chief Creative Officer, Marketing Manager, WebDevelopper, WebDesigner, Online and Digital Manager, producteur et animateur radio/TV et fondateur d'obosso. Founder et CEO d'artecaa, qui gère la plateforme de travaux ponctuels rémunérés eboloo.com.
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