Quelle Afrique à l’horizon 2050 ? Pensées et réflexions du Dr Paul FOKAM

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Lors de mon dernier voyage sur Yaoundé, capitale politique du Cameroun, j’ai eu l’occasion de rencontrer une très bonne amie qui m’a remis en cadeau un ouvrage commis par le docteur Paul K. FOKAM, chercheur et capitaine d’industrie camerounais. Ce livre, concentré d’analyses et de conseils s’intitule « Quelle Afrique à l’horizon 2050 ? Un espace transformé en ilot de prospérité »

Avec ce billet, premier d’une série de deux, je me permets de partager avec vous quelques passages à mon sens riches d’enseignements. Ces derniers pourraient nourrir les réflexions personnelles des africains en général et de la jeunesse en particulier sur la vision que nous avons de l’Afrique à moyen et long terme, sur notre participation au développement de nos communautés et sur la voie à emprunter pour transformer cette Afrique en ilot de prospérité. Le discours n’est peut-être pas nouveau, mais il garde toute sa pertinence au regard de la situation économique et socio politique du continent.

Je recommande enfin cet ouvrage publié aux éditions Afrédit en 2013, à tous les africains et en particulier les jeunes et à tous les amis de l’Afrique.

 

SUR LA RESPONSABILITE DES AFRICAINS

quelle afrique en 2050

« Il ne faut pas oublier que l’avenir d’une famille, d’un pays, d’un continent appartient à la volonté des hommes et femmes d’aujourd’hui »

« Si nous nous contentons de céder à la dictature du quotidien, l’enfer s’affermira davantage et les générations futures souffriront encore plus atrocement. Par contre, si nous agissons avec abnégation et espoir, nous avons toutes les chances de transformer l’enfer en un paradis ou il fait bon vivre et ou tout le monde souhaite vivre. Chaque africain doit avoir sans cesse à l’esprit que c’est notre refus d’agir qui est à l’origine de nos malheurs»

SUR LA VISION 

« La vision, je dois l’affirmer, est la boussole qui oriente chaque pays, chaque continent. C’est la photographie qui permet à chacun de nous de rêver, de rebâtir notre organisation sociale, de repenser notre éducation, d’élaborer nos politiques économiques, notre politique de répartition équitable de la croissance ; bref notre raison d’être. Si cette boussole est absente, nous sommes réduits à suivre les orientations issues des boussoles des autres, nous sommes réduits à cesser d’être nous-mêmes, bref nous sommes réduits à exister sans vivre »

« L’Afrique doit non seulement refuser un imaginaire imposé par les autres, mais surtout amener ses fils et filles à avoir leur propre imaginaire qui les fasse rêver et qui soit susceptible de leur garantir confiance en soi et fierté »

SUR L’ENDETTEMENT ET LES OPPORTUNITES DE CROISSANCE

« (…) pour que la dette soit efficace, il faut que la grande majorité des revenus (endettement plus épargne) soit investie dans des activités créatrices de richesses nécessaires pour assurer le service de la dette. Car l’endettement incontrôlé entraîne la perte de la souveraineté »

« Malgré l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative Ppte qui aurait dû être synonyme de plus de rigueur, la corruption n’a pas pris congé des circuits des marchés publics attribués sur financement des ressources Ppte, sous la forme des commissions illégalement négociées dans les montants financés. Dans certains pays comme le Cameroun, les fonds issus de l’allègement de la dette croupissent dans les coffres de la Banque Centrale, faute de projets viables, avoue-t-on officiellement. Mais la véritable raison de la non-affectation de ces ressources est que les fonctionnaires en charge des dossiers de financement n’arrivent plus à imposer le paiement de pots-de-vin aux adjudicataires. Du coup, ils préfèrent bloquer les financements»

« La recette consistant à garder le Yuan au niveau le plus bas possible traduit la souveraineté de la Chine. En maintenant sa monnaie au niveau le plus modéré possible et n’en déplaise aux Etats-Unis et à l’Ue qui l’appellent sans cesse à l’apprécier, l’Empire du milieu fait étalage de sa souveraineté, une souveraineté dont elle aurait été privée si elle avait été fortement endettée et placée sous la férule des institutions financières internationales. La Chine dispose d’une monnaie qu’elle administre à son souhait, selon ses intérêts et n’écoute les jérémiades de Washington que d’une oreille distraite. Qui plus est, elle s’est permise d’assener des leçons de capitalisme aux américains, au lendemain du vote de la loi autorisant un énième relèvement du plafond de la dette américaine (…) Elle méritait d’autant plus cette position de donneuse de leçons qu’elle dispose (…) de 7% de cette dette. Toujours est-il que la réaction des Usa a été immédiate ; le vice-président Joe Biden s’est rendu en Chine pour rassurer son homologue chinois, Xi Jinping, de la capacité des Usa à sortir de la crise de leur dette souveraine »

SUR LES CONSEILLERS TECHNIQUES

 « Dans plusieurs pays africains, et plus encore dans les pays africains francophones, 80% de ministères, voire de hauts lieux de décisions les plus insoupçonnables, regorgent de conseillers techniques gracieusement mis à leur disposition, soit par les anciennes puissances coloniales, soit par les institutions de Bretton Woods, soit, enfin, par recrutement direct.

Lord Palmerston, alors ministre anglais des affaires étrangères avait, le premier, fait remarquer que les Etats n’ont pas d’amis ; ils n’ont que des intérêts. Les intérêts majeurs d’un Etat étant essentiellement d’ordre économique, chaque agent mis à votre disposition peut, d’une manière ou d’une autre, servir de relais à l’intelligence économique de son Etat. Dès lors, il serait difficile de douter que les orientations qu’il serait amené à proposer puissent être incompatibles avec les intérêts de son pays d’origine »

SUR LES ACCORDS DE PARTENARIAT ECONOMIQUE (Ape)

APE

« Les Accords de partenariat économique partent du principe selon lequel le développement passe par le libre-échange. Cela signifie clairement que pour se développer, il faut nécessairement ouvrir ses frontières économiques. Or ce principe ne me semble pas exact. En l’état actuel de mes connaissances, je ne connais pas un seul pays qui s’est développé grâce à l’ouverture totale de ses frontières économiques. Tous les pays aujourd’hui hyper développés et devenus farouches partisans du commerce libéral ont suivi un itinéraire bien connu. Ils ont d’abord développé leur appareil de production de manière à réduire les coûts de facteur et à atteindre leur point mort grâce à la consommation locale. Ce qui a permis de bénéficier des avantages du coût marginal à l’export. En clair, le libre échange est une étape ultérieure dans le processus du développement et non la condition préalable »

« On est fondé à penser que les accords Acp-Ue sont un marché de dupes orchestré dans l’urgence par une Ue soucieuse avant toute autre chose de devancer la Chine et l’Inde dans les pays Acp. En effet, ces deux puissances suffisamment compétitives sur le plan de la production, constituent une véritable menace pour les pays de l’Ue. L’enjeu de la compétition, c’est le marché africain de plus d’un milliard de consommateurs à conquérir. Face à cette menace, l’Ue a mis au point une stratégie consistant à hâter la signature des Ape, ce qui lui permettra d’exporter de façon exclusive ses produits manufacturés sans droit de douane vers les pays du Sud »

« Ouvrir les frontières économiques en l’état actuel des choses, c’est tout simplement mettre la charrue avant les bœufs. C’est la priorité de l’heure, pour les économies africaines, c’est bel et bien la conquête des marchés sous régionaux. L’Afrique accuse un retard significatif du point de vue de l’intégration économique. Il est clair que la plus grande part du commerce mondial a lieu à l’intérieur des blocs régionaux »

SUR L’EXPLOITATION DES MATIERES PREMIERES

« Mais le plus grave est que ces matières premières sont exploitées de façon quasi-exclusive par des multinationales occidentales qui détiennent seules les connaissances scientifiques –géologiques- permettant de déterminer les quantités, le savoir technique pour l’exploitation et le savoir managérial assurant le contrôle de la prévision indispensable.

Si les pays africains étaient impliqués dans l’ensemble du processus, de l’exploration à la commercialisation, en passant par la production, ils auraient sans aucun doute la maîtrise des quantités produites et des réserves, ce qui leur permettrait d’exiger une répartition équitable de leurs ressources naturelles et donc d’améliorer les conditions de vie de leurs concitoyens »

SUR LA CONFIANCE EN SOI

« Nul ne peut rien accomplir de grand s’il n’est confiant en lui-même (…) autant la confiance en soi est l’arme la plus redoutable dans toute bataille, autant le complexe d’infériorité et l’inhibition sont les premiers adversaires de l’homme »

« Malheureusement, cette arme redoutable a été ôtée chez l’africain par l’effet conjugué de l’esclavage, de la colonisation et des préjugés raciaux. Ce dernier facteur joue un rôle particulièrement déterminant dans la manière dont l’africain se perçoit lui-même. Car, si la perception de l’africain par lui-même est entièrement négative, c’est qu’elle a été savamment orchestrée par l’Occident pour lui faire croire qu’il est un être inférieur qui ne doit sa survie qu’au soutien de l’occident. Tous les moyens ont été mis en œuvre pour servir cette cause. Aujourd’hui, aucun développement économique n’est possible en Afrique sans la remise en cause de la construction scientifique de l’infériorité des Noirs à travers la littérature, la publicité, le cinéma etc. »

SUR LA TRAVAIL

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« (…) en occident le temps de travail a diminué avec le progrès technologique et l’accumulation des richesses. En revanche, le nombre d’heures de travail en Afrique a été fixé de façon arbitraire à 40 par semaines par les organisations internationales, sans aucun rapport ni avec les progrès techniques, ni avec le niveau d’accumulation des richesses du continent. Si on admet que c’est le travail qui crée la richesse, que plus le travail est intense, plus on a de chances de progresser en accumulation de richesses et en développement technologique, on comprend dès lors l’une des causes de la pauvreté en Afrique »

« (…) il est difficile de comprendre que les pays vers lesquels nous nous tournons aujourd’hui pour demander de l’aide soient dans la fourchette de 66 heures pour la Corée et 69 heures pour la Chine, alors que les pays africains continuent de travailler 40 heures par semaine en théorie et moins de 30 heures dans la pratique (…) Dans la situation actuelle il est important que l’Afrique travaille au moins deux fois plus que les autres pour avoir une chance de réduire de façon significative le retard qu’elle accuse sur le plan du développement »

A PROPOS DU SAVOIR 

« Nous savons aujourd’hui que plus de 50% des richesses du monde puisent leur source dans le savoir, qui a la particularité d’être une source inépuisable de richesses »

« Le savoir est la source de richesses inépuisable par excellence. Pour accumuler le savoir et le savoir-faire, il faut un système éducatif conséquent, cohérent, de la section préscolaire à l’enseignement supérieur et qui vise à produire, non pas des diplômés, mais des hommes compétents, prêts à apprendre toute leur vie, afin d’arrimer l’Afrique aux réalités du monde virtuellement plat. Dans ce monde en perpétuel changement, l’acquisition du savoir doit s’inscrire dans le processus d’une entreprise au long cours »

Qui a écrit cet article?

Patrick Kameni

Patrick est consultant dans un cabinet conseil de la place.