Pourquoi le cinéma camerounais peine t-il à s’émanciper?

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Jean-Pierre Bekolo

Dans tout projet, il y a toujours des éléments de base qui doivent être pris en compte pour favoriser son succès.

A la base, il y a d’abord l’intérêt pour la chose.

Quand on parle de football au Cameroun et même sur le plan mondial, naturellement les masses y sont attachées, y vouant presque un culte. De même, peut-on affirmer que les Camerounais se plaisent au 7° art?

La réponse me semble positive, d’autant plus que les œuvres glorieuses du temps passé, notamment avec des réalisateurs comme Bassek Ba Khobio et son célèbre film Sango Malo, Bekolo et Quartier Mozart (vous vous souvenez du regretté Essindji Mintsa?), avec les feuilletons de la CRTV (unique TV de l’époque) comme « l’orphelin », « silence, on joue », « etc. » et les prestations légendaires des Jean-Miché Kankan; même si on peut renfermer tout ça dans l’audio-visuel que dans le simple « cinéma ».


Un extrait du film Camerounais Sango Malo

S’en suit la vision

Pouvons-nous imiter, à l’exemple des américains avec Hollywood, les hindous avec Bollywood, les nigérians avec Nollywood, les africains de l’Ouest, décider de produire un certain nombre de films par année, investir dans la découverte de talents afin de répondre à des aspirations préconçues?

J’entends par, aspirations préconçues, l’orientation que l’on souhaite, le fait de penser une vision de la société pour la proposer à ses acteurs (de la société). Ce média qu’est le cinéma est capable de drainer des foules et de pousser plusieurs à adopter des comportements extrêmement positifs… ou non. Il est tellement puissant qu’il génère des attitudes à l’échelle mondiale. Puisque nous ne pouvons lutter contre l’avancée technologique et ce qui nous est proposé par les autres (sans xénophobie), autant mieux s’en servir pour présenter une alternative aux déferlantes immorales d’une certaine société.

Bien plus, le cinéma peut même devenir un vecteur de développement économique, générateur d’emplois directs et indirects. Les stars nigérianes n’ont rien à envier aux footballeurs de leur pays, tant ils gagnent bien leurs vies.

Enfin, le cinéma, s’il est populaire, peut aussi contribuer à lutter contre l’oisiveté et le chômage. Une vision axée sur ces quelques principes est suffisamment pertinente pour engendrer la décision d’investir sur le sujet.

Les ressources financières

Pas la peine d’épiloguer sur la sempiternelle question d’infrastructures au Cameroun. C’est navrant et même scandaleux qu’un pays, pilier de la CEMAC, n’ait pas de salle de cinéma, à l’exception de ceux de l’Institut Français. Douala en comptait au moins 6 (Wouri, Concorde, Paradis, Bertlitz, Bonapriso, Kondi, etc.), Yaoundé (Abbia), Bafoussam (Empire) et aujourd’hui, rien. L’idée n’est pas de tirer sur les promoteurs des salles ou de tenter de croire que les vidéo-clubs auraient fait chuter cette pseudo-industrie.

Évoquer la piraterie n’est pas non plus recevable, vu qu’elle existe partout et que les autres s’en sortent.

Le vivier de talents: vide?

Pas d’école de cinéma, quelques rares centres d’art dramatique et de théâtre, très peu de talents, etc. Le désintérêt de l’art a inévitablement conduit à ce que les talents ne soient pas au rendez-vous. Un Camerounais, père des Ecrans Noirs du Cinéma (Ba Khobio) a rarement vu des longs-métrages camerounais exposés. Ok, quelques films ont émergé (Paris à tout prix de Joséphine NDAGNOU ou le tout récent Blanc d’Eyenga), mais comment une poignée de films peut rivaliser face aux centaines de films, avec succès des pays de l’Afrique de l’Ouest, maghrébine et australe?.

Il y a quelques bons comédiens, mais Oncle Otsama et tante Viviane n’ont pas eu de dignes héritiers jusque-là. Personnellement, je suis sans voix quand je vois le niveau pitoyable des séries proposées dans les chaines de TV Camerounaises. Les comédiens font plus du sketch que le jeu de l’acteur; ce qui n’empêche pas qu’il y ait quelques succès locaux. Les rares réalisateurs sont en Europe (Jean-Pierre Bekolo, Daniel Kamwa, etc.).

Les producteurs

Ne confondons pas les choses, il y a des personnes qui ont de l’argent, mais personne qui en ait pour produire le cinéma, à la limite produire les œuvres culturelles. A leur tour, ils peuvent rétorquer que les cinéphiles prêts à payer n’existent pas, que les réseaux de distribution sont foireux, etc. MTN, Beaufort et les autres ont cessé de financer la culture parce qu’ils trouvaient les réalisateurs pas sérieux. Finalement un cercle vicieux s’installe et les acteurs du cinéma Camerounais sont à la fois causes et conséquences de l’échec; c’est le serpent qui se mord la queue.

Et l’Etat dans tout ça?

Pfff.. A quoi ça sert d’en parler?

Les promesses n’ont jamais tenu. S’il pouvait avoir un sursaut d’orgueil, alors, qu’il (l’Etat) commence par créer une école des arts et de la culture (je ne parle pas des instituts privés, qui ont le mérite d’exister). Ecole qui dispenserait des cours et la pratique sur le théâtre et autres. Des pays très développés comme la France, financent leur cinéma par l’Etat, même en partenariat avec le groupes privés. Et puis, une salle culturelle, ne serait-ce qu’une par région, serait un bon début. Mais bon, jusqu’ici nos prières ne sont toujours pas entendues.

L’éclat du Cameroun passe aussi par un fort cinéma, une forte culture, finalement.

Pour prolonger:
http://camerfeeling.net/dossiers/dossier.php?val=4149_cinema+ou+so
http://www.nkul-beti-camer.com/ekang-people-label.php?cmd=journal&Item=1855&tab=9&sub=0&PHPSESSID=bg21ppjdkb9e21n4oclsjrntt2hh9jc8

Qui a écrit cet article?

Sergeobee

Project Professional Manager, Chief Creative Officer, Marketing Manager, WebDevelopper, WebDesigner, Online and Digital Manager, producteur et animateur radio/TV et fondateur d'obosso. Founder et CEO d'artecaa, qui gère la plateforme de travaux ponctuels rémunérés eboloo.com.
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