Panorama sur les projets énergétiques et infrastructurels au Cameroun

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alucam

La vision du Cameroun retient comme objectif global de devenir un pays émergent à l’horizon 25-30 ans. Elle intègre un ensemble d’objectifs intermédiaires au rang desquels figurent notamment, la réduction de la pauvreté, l’atteinte du stade de pays à revenu intermédiaire, l’atteinte du stage de nouveau pays industrialisé. Il est question pour y arriver de mettre en route des projets dits « structurants » dans des domaines stratégiques tels que l’énergie, les bâtiments et travaux publics, les transports, les technologies de l’information et de la communication (TIC), le développement urbain et l’habitat etc. Le gouvernement semble mettre enfin les bouchées doubles pour réaliser les projets prioritaires identifiés dans le document de stratégie pour la croissance et l’emploi (DSCE), cadre de référence de l’action économique sur la période 2010 – 2020.

Projecteur sur quelques-uns de ces projets…

Mines

D’après les dernières évaluations (partielles), le sous-sol camerounais renfermerait plus d’une cinquantaine de minerais. Le pays compte trois grands gisements de bauxite : celui de Minim-Martap (Nord du pays) dont la réserve est estimée à plusieurs centaines de millions de tonnes, avec des teneurs de 43% en alumine, celui de Ngaoundal qui a des réserves estimées à 120 millions de tonnes avec des teneurs similaires. Le troisième réservoir est celui de Fongo-Tongo avec 50 millions de tonnes et 47% de teneur en alumine. Le Cameroun dispose également derrrière la Sierra Leone de la 2e réserve mondiale de Rutile à Akonolinga. Le sous-sol camerounais contient près d’un milliard de tonnes de fer dans les bassins de Mbalam et de Kribi. Le cobalt et le Nickel sont localisés à Lomié avec 250 millions de tonnes, le calcaire à Figuil, le Marbre à Bidzar et à Biou, l’or dans l’Adamaoua, au nord, à l’est et au Sud.

Cameroun

Nombre de permis d’exploration et d’exploitation ont été accordés depuis une dizaine d’années (167 au total) et certains commencent à porter leurs fruits. A ce jour 5 permis d’exploitation ont déjà été accordés.  L’un concerne le gisement diamantifère de Mobilong dans l’est Cameroun qui a livré ses premières pierres début 2013. L’opérateur coréen Cameroon & Korea Mining (C&KM) estime son potentiel à 18 millions de carats. L’américain Geovic Mining Corp., via sa filiale Geovic Cameroon s’est associé fin juillet 2013 au chinois Jiangxi Rare Metals Tungsten Group Holding Company (JXTC) afin d’accélérer le développement et la mise en production de la mine de cobalt, nickel et manganèse de Nkamouna (Sud-est Cameroun), dont les réserves sont estimées à plus de 100 millions de tonnes de minerai. Trois permis d’exploitation ont été attribués pour l’exploitation du calcaire et du marbre. Certaines entreprises sont au stade des négociations. C’est le cas de la junior minière australienne Sundance Resources à travers sa filiale locale Cam Iron.  pour le développement du gisement de fer de Mbalam-Nabeba  (à cheval sur la frontière avec le Congo). La production du site – considéré comme le deuxième plus grand gisement de fer du continent – est estimée à 35 millions de tonnes sur vingt ans, pour un investissement de 4,7 milliards d’euros (plus de 3000 milliards de FCFA). Sundance prévoit également de construire une voie ferrée de plus de 500 km pour évacuer les minerais vers le terminal du port en eau profonde de Kribi. C’est également le cas de Cameroon Alumina Limited, qui va exploiter les gisements de bauxite de Minim-Martap et Ngaoundal (Nord Cameroun). Le fer des Mamelles près de Kribi, le fer de Nkout, le rutile d’Akonolinga, le Calcaire de Mintom, l’or dans les régions du Sud et de l’Est et l’Uranium à Poli et Lolodorf devraient bientôt être exploités.

Infrastructures :

Le  plan énergétique camerounais vise à résorber le déficit du pays (40 GWH par an) pour porter la puissance installée à 5 000 MW d’ici à 2020 (contre 1337 MW actuellement). Le coût global de la réalisation des infrastructures de production et de transport d’électricité est estimé à plus de 5 850 milliards de FCFA (8,9 milliards d’euros) sur la période 2010-2020. Le plus important projet dans ce domaine est très certainement, le complexe industrialo-portuaire de Kribi, réalisé par la China Harbour Engeneering Company (CHEC) dont la première phase est achevée à plus de 81% à ce jour selon les déclarations du Président du comité de pilotage du projet faites au sortir de la 14e session dudit comité tenue le 30 janvier dernier. Le Cameroun s’est déjà engagé dans les études préparatoires à la phase II du projet. Le complexe s’étalera sur 26 000 hectares et occupera 20 kilomètres de Littoral. Il se décline en quatre composantes intégrées : un port en eau profonde d’une vingtaine de quais pouvant accueillir les plus grands bateaux marchands ; une zone d’activité industrielle et logistique ; une ville nouvelle portuaire dotée d’infrastructures sociales de recherche et de formation ; et un corridor multimodal « back bone » ou seront logées toutes les dessertes du complexe (chemin de fer, autoroute, fibre optique).  Il sera alimenté par la centrale à Gaz de kribi – sur la côte atlantique – de la Kribi Power Development corporation (KPDC, filiale à 56% d’AES SONEL), qui a coûté 263,7 millions d’euros. Fonctionnel depuis fin mars, elle est dotée d’une capacité de 216 MW, extensible à 330 MW. Le pays s’est par ailleurs attelé à développer le réseau d’hydroélectricité –le pays dispose en la matière d’un potentiel estimé en la matière à 20 GW, le 2e du continent après la RD Congo dont il n’exploite que 6% mais qui lui fournit déjà 95% de son électricité. Principal chantier en cours, le barrage-réservoir de Lom Pangar dans la région de l’est Cameroun (30 MW), sur la Sanaga devrait être livré en 2016. Il est construit par la China International Water & Electric Corporation et Electricity development corporation, pour un coût de 75 milliards de FCFA. Dans le même chapitre on peut évoquer le début des travaux de construction du barrage hydroélectrique de Mekin ou de Memve’ele dans le sud Cameroun.

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Film de synthèse présentant le nouveau pont sur le wouri

Le dossier routier, lui, a pour priorité la densification du réseau intérieur pour désenclaver les zones agricoles et le développement des connexions avec les pays voisins afin de renforcer l’intégration régionale. L’autoroute Douala – Yaoundé confiée à la China first highway engineering company limited est également une pièce importante du dispositif. Cette liaison fait partie d’un projet global à plus long terme de construction d’un triangle autoroutier entre Douala, Yaoundé et Bafoussam, les trois principales villes du pays. Si la construction du premier tronçon de cet autoroute (80 km sur 195 km au total) commence à peine, trois axes majeurs sont en cours d’aménagement et seront livrés à partir de 2015 pour un montant total de plus de 196 milliards de FCFA (300 millions d’euros) : le premier entre Douala, N’Djamena et Bangui (route Garoua-Boulai – Nandeké – Ngaoundéré), le 2e vers le Nigéria et le 3e entre Yaoundé et Brazzaville (route Sangmélima-Ouesso côté Cameroun).

Malgré ce plan ambitieux de modernisation et de développement des infrastructures qui prend corps à travers notamment les projets sus évoqués, les dysfonctionnements administratifs symboles des insuffisances en matière de gouvernance constituent une sérieuse hypothèque de nature à diluer voire anhiler l’impact de ces projets sur l’économie. Comme l’ont recommandé les experts du Fonds Monétaire international  (FMI) lors de leur mission à Yaoundé du 29 avril au 14 mai 2013 un suivi rapproché des investissements publics s’impose afin d’en augmenter l’efficacité et la gouvernance.

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Présentation du complexe industrialo portuaire de kribi

Sources :
Camroun Vision 2035, document de travail, Février 2009
Jeune Afrique n°2746 du 25 au 31 août 2013
Le quotidien de l’économie, hors-série de septembre 2013

Qui a écrit cet article?

Patrick Kameni

Patrick est consultant dans un cabinet conseil de la place.

Separator image Publié dans Economie.