Moi, aussi je battrai le tam-tam du Président

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Photo: Camer.be
Photo: Camer.be

«La main de Dieu et la plume du Président ont changé ma vie». C’est par ces mots que le très connu journaliste Camerounais, Charles Ndongo (il a même pour deuxième prénom Pythagore) a introduit son discours de remerciements par rapport à sa nomination à la tête à la chaine publique Camerounaise CRTV. Quoi de plus normal de remercier Dieu, si on est croyant et la personne qui vous a nommé, pour tout bienfait que l’on reçoit. Il ne me semble pas opportun de discutailler là-dessus.

Par contre, quand le chef de la une, une institution au Cameroun, empreint d’une grande émotion à peine dissimulée, vous explique que son rôle est d’être le « batteur de tam-tam » du Président, on se demande s’il ne confond pas la CRTV et le RDPC (les lettres « R » et « C » ne sont même pas à la même position dans les deux sigles). De toute évidence, ses souhaits aux populations du département de l’Océan de soutenir le président Paul Biya pour la présidentielle à venir, nous donne des éléments de réponse (article camer.be)

Comme c’est d’usage dans le langage des jeunes aujourd’hui, on pourrait se poser la question « qu’est-ce qui n’a pas marché? ». Non mais sérieusement, doit-on s’attendre qu’une personne aussi respectée, à un poste aussi respecté, en vienne à proférer des propos pareils? … Oui, oui. Oui, quand on connait l’histoire de l’homme (il dit lui-même être passé par des échecs et des désillusions) et surtout quand on est familier du contexte et de la configuration sociétale du pays.

Parce que c’est bien de ça qu’il s’agit: de clientelisme. Ou de clanisme « decomplexé », comme aurait pu le dire JF Copé. Si on ne s’étonne plus de voir des listes différentes de candidats retenus à l’ENAM pour un unique examen ou un même nom dans plusieurs listes pour plusieurs examens  ou de constater qu’un candidat à l’élection de la fédération de football fait le forcing pour usurper un poste qui ne lui revient pas, on peut aussi comprendre que les places se gagnent selon le degré d’influence du demandeur (et de son entourgae) vis-à-vis du donneur. Il ne me semble que Charles ne soit pas méritant de sa nomination. Beaucoup le jugent compétent, quelque part moi aussi pour l’avoir suivi dans ma jeunesse présenter le journal avec sa collaboratrice d’alors, Denise Epote Durand. Et pourtant, sa réaction laisse croire que le mérite n’aurait que trop peu d’importance quant à ce qui concerne l’accès à certaines positions, comme décrit dans cet article, Qui t’a envoyé?.

Et c’est ce clientelisme, qui justifie que l’on en arrive à confondre la personne de Paul Biya, son statut de Président de la République et l’Etat qu’il gère. Il y a ce malaise qui me ronge quant à m’imaginer que le Président aurait pris la décision de nommer Charles uniquement par ce que ce dernier serait son « tam-tam », son griot, si on était en chez nos frères de l’Afrique de l’Ouest. En est-on encore là, à la première moitié du 21 siècle?

Bien plus, je m’interroge sur le message que l’on donne aux jeunes et aspirants à exercer des fonctions de responsabilité en entreprises privées ou dans la fonction (para)publique. Réussir au Cameroun signifierait se préparer à taire ses critiques et à dresser des louanges au Chef de l’Etat. Déjà, il y a quelqu’un qui le fait très bien: Issa Tchiroma. Plus griot du Président que lui, tu meurs! Et en plus, il est dans son rôle, puisqu’il est ministre de la communication, porte-parole du gouvernement. La vérité, c’est que l’égalité de chances pour tous, bassinée à longueur de journée dans les meetings politiques, les communiqués officiels ou enseignée dans les écoles, n’est qu’un mythe que la plupart des Camerounais n’ont pas l’intention d’appliquer; me trompe-je? Les moindres nominations sont signe de fêtes, car elles ne sont pas vues comme une responsabilité, mais comme une opportunité de mangeoire, sans prêter au nouveau DG de la CRTV de telles intentions. Cette jeunesse et à certains égards, cette « vieillesse » (aidez-moi à mettre le mot exact), qui n’a pour principal horizon de réussite sociale que de militer pour le Président, via le RDPC ou pas, me fait croire qu’on a encore de longs jours pour envisager un Cameroun rythmé essentiellement par une saine émulation, une nivellation par le haut, une productivité circonscrite dans l’observation de règles et de règles justes.

Du reste, le Président, malgré lui, sera encore le sujet de discussion du pourquoi de l’inertie dans son pays. Charles Ndongo n’est qu’une victime, un syndrôme, une illustration de nos réalités locales. Une personne rusée qui a su tirer son épingle du jeu, à force de patience et d’entrainement sur son xylophone tout simplement. Comment lui en vouloir?

Quoi qu’il en soit, bon courage à toi, tonton Charles, pour le redressement de la chaine nationale. Espérons que nous ne verrons pas ton nom sur le générique de la fin de chaque émission comme étant le superviseur général. Espérons enfin, que quelques années plus tard, on ne te découvre pas dans une liste d’éperviables comme ce fût le cas pour tes prédécesseurs à ton poste. Bonne route!

Qui a écrit cet article?

Sergeobee

Project Professional Manager, Chief Creative Officer, Marketing Manager, WebDevelopper, WebDesigner, Online and Digital Manager, producteur et animateur radio/TV et fondateur d'obosso. Founder et CEO d'artecaa, qui gère la plateforme de travaux ponctuels rémunérés eboloo.com.
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