La marque « lions indomptables » doit se réinventer

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Je ne doute pas un seul instant que certains à la lecture de ce titre, se sont demandés en quoi en est ce que les lions indomptables du Cameroun pouvaient être une marque? C’est très facile de s’en convaincre; il suffit un seul instant de penser à tous les revenus engrangés par les sponsors divers lors d’un événement impliquant notre équipe nationale de football. La Crtv, Orange Cameroun, Ecobank et consort font partie des entreprises qui ont du batailler farouchement pour être la vitrine de l’équipe nationale lors de la coupe du monde.

Toutes ces entreprises par contre et de concert avec beaucoup de Camerounais ont du mal à digérer la prestation de notre équipe. Une équipe qui va loin dans une compétition et qui mouille le maillot ( comme on aime tant le dire au Cameroun) justifie les dépenses énormes qu’un sponsor peut endosser pour la représenter. Une équipe qui à l’image du Cameroun s’avère être la risée de la planète football est un sujet embêtant. Mon petit doigt me dit que le département marketing D’Orange Cameroun s’en veut d’avoir inventé le slogan « la vie change avec orange ». Ce dernier, la prestation peu glorieuse des lions aidant, a été repris, détourné et carrément tourné au ridicule avec toujours l’aide d’Orange Cameroun qui avait, avant la coupe du monde, lancé une promotion permettant de bénéficier d’un forfait sms illimité vers orange. Ainsi des sms avec « la défaite change avec orange »; « la honte change avec orange » ont circulé tels des spams dans le réseau Orange Cameroun durant toute la durée du premier tour.

La mésaventure d’Orange Cameroun a de quoi rendre nostalgique. 33 export lors des Coupes d’Afrique de 2000 et 2002 a engrangé un capital sympathie considérable parce qu’à l’époque les lions gagnaient, à l’époque les lions étaient une marque sur laquelle on pouvait compter. Mais loin de moi l’idée de me morfondre à l’idée des déboires de certaines marques. Ce qui est alarmant surtout c’est que nos lions indomptables ne font plus rêver et doivent se réinventer.

Comme dans toutes les campagnes désastreuses de notre équipe, beaucoup pensent qu’il faut changer de coach et surtout donner la chance à un entraîneur local. Certains pensent que l’état des lions reflètent l’état de la nation en calamiteux état elle aussi et ils n’ont pas tort. D’autres pensent qu’ils faut manu militari chasser les dirigeants de la fecafoot et le Président comme presque toujours a ordonné une enquête qui comme toutes les enquêtes risque de passer inaperçu avec aucun changement pour le football Camerounais. Dans un autre registre les taximens prévoient une colère de 72 heures pour l’humiliation de l’équipe Camerounaise en coupe du monde…

Le nom « lions indomptables » aurait été donné à l’équipe du Cameroun en 1972. Un nom proposé à une équipe qui venait de perdre en demi-finale contre le Congo lors de la seule coupe d’Afrique organisée au Cameroun. C’est un nom qui se voulait galvaniseur. Les lions se dressent fièrement, attaquent collectivement et combattent farouchement. Pour une nation jeune d’à peine 12 ans, on devait (en partie) au travers du sport et de nos lions faire preuve de fierté, de détermination et du collectif pour faire de notre équipe nationale et de notre pays une Afrique en miniature digne de ce nom.

Et ça a presque marché, on a eu une grande équipe de football, la nation quoi qu’on dise a produit des intellectuels, des grands artistes et des citoyens qui chacun dans leurs domaines ont réussi à émerger là où on ne les attendait pas. Qu’aujourd’hui « lions indomptables » rime avec indécence (désole de devoir faire allusion à nathalie kooh comme tous les organes de presse), magouilles au sein et en dehors des lions (notre match contre la croatie aurait été truqué), détournement des fonds et humiliation internationale doit inviter à l’action. C’est pas seulement les lions qui ne sont plus indomptables, c’est la fécafoot, le ministère des sports, l’économie camerounaise et la jeunesse qui a défaut des lions doit se trouver des nouvelles sources d’inspiration, c’est le Cameroun…

A défaut de gagner, nous avons encore un capital sympathie sur lequel nous devons capitaliser. En 2010 et 2014 deux personnes qui n’étaient pas du Cameroun m’ont appelé pour me faire part de leur tristesse. Ces personnes avaient connu le Cameroun qui avait battu l’Argentine et espéraient voir le Cameroun faire de même avec le Brésil et la Croatie.

Un chamboulement et une redistribution des cartes sous le signe de l’improvisation n’est que la garantie d’un recommencement qui semble éternel. Ce qu’il nous faut c’est réinventer notre marque de fabrique. Le Cameroun doit et peut rimer avec une image différente de celle qui est la notre sur le plan du football et ailleurs. Et un peu comme en 1972 ceci passera en partie par le souci qu’auront nos dirigeants d’aujourd’hui ou de demain de bâtir une nation de citoyens qui se dressent fièrement, combattent collectivement et travaillent farouchement pour la prospérité et la fierté de la cité. Y croire est un choix et un devoir et on ne devrait pas en attendre moins de tous les Camerounais (les lions y compris).

 

 

 

Qui a écrit cet article?

Patrick Mayoh

Patrick Mayoh est un analyste pour le compte du Cameroun chez Euromonitor International