L’écriture commerciale

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Cependant ils posent un problème : cela pose le postulat que l’audience, parce que émotive, est incapable d’apprécier le sarcasme, la satire ou l’ironie, d’en tirer les bénéfices, de comprendre et de s’amuser des pamphlets, des farces, de certains essais, pour ne parler que de certains genres littéraires.

Cela suppose également une forme d’emprisonnement de la pensée puisque le politiquement correct devrait prendre le pas sur la liberté d’écrire, de dire, de montrer, de choquer parfois. La liberté d’expression en somme. Au nom de la sensibilité du public. Une immense part du patrimoine culturel (art, littérature, philosophie etc) du monde serait ainsi perdue. Charlie Hebdo n’existerait pas. Et avant, un Voltaire,un Dostoïevski, un Baudelaire, un Hampaté Bâ ou encore un Léon-Gontran Damas, ou plus récemment un Konan Kouassi. Un Henri Lopez… tout un ensemble d’intellectuels de « l’irrespect » dont l’apport est inestimable. Je suis heureuse qu’aucun d’eux n’ait souscrit à vos vues.

Sans compter l’infantilisation de la cible, cela pose la question de son uniformisation. C’est assez insultant et faux d’ailleurs, de prétendre que l’Africain francophone ne comprend pas le sarcasme, il en est très friand. Les humoristes plébiscités en sont la preuve (Suspect 95 et Al Vichenzo pour ne citer qu’eux – ce dernier a d’ailleurs partagé un moment de franche rigolade avec les footballeurs de l’équipe nationale de son pays qu’il a dézingué dans plusieurs vidéos, en leur compagnie même parfois).

Le problème n’est pas la forme des écrits ou leur côté critique. C’est le refus d’une partie des intellectuels/artistes/entrepreneurs etc. de voir leur travail évalué autrement qu’en des termes laudateurs ou accommodants pour leur vanité/orgueil. Les nombreux témoignages en off (vous avez sûrement des amis journalistes culturels, ce serait sympas d’échanger avec eux) de journalistes ou de blogueurs qui ont osé émettre un avis négatif de façon politiquement correcte (avec un soin extrême qui confine au ridicule parfois), sont édifiants. La volée de bois vert, de violence même, n’a pas tardé. Ce qui explique que nous nous retrouvions avec des propos comme « si je n’ai pas aimé je n’en parle pas, si c’est négatif je ne l’écris pas ». Pourquoi en parler ou l’écrire lorsque c’est positif ou que vous avez aimé alors ? C’est assez effarant. Nous nous privons donc volontairement d’un regard, d’une évaluation susceptible de nous aider sous prétexte de préserver la sensibilité de… Êtes-vous sérieuse ? Dans tous les domaines du monde la critique – souvent acerbe – à droit de citer. Sauf en Afrique francophone visiblement, ou certains carrés, comme la culture, l’entrepreneuriat, la mode et quelques autres subissent une dictature indécente.

Le vrai problème, c’est de ne pas voir le problème fondamental, de l’occulter : souscrire à ce que vous prônez c’est priver ces secteurs de l’apport d’un avis négatif. C’est transformer ces gens en mendiants du like et de la laudation, les laisser avancer sans retour honnête sur leurs productions, tant dans le ressenti que dans le reste. Le mensonge et la malhonnêteté intellectuelle érigées en norme, l’infantilisation en règle. Alors que la critique est si belle, si nourrissante. Les doctorants adorent. Les « chercheurs » également. Ils savent s’en servir pour approcher leur sujet sous un autre angle, en découvrir certains aspects, l’utiliser comme élément de réflexion non pas parce qu’ils sont d’accord, mais bien parce qu’ils la considèrent comme ce qu’elle est vraiment : une opportunité de grandir. En fait, toute personne dotée d’un minimum de recul sait l’aimer. Et en profiter.

C’est de ce genre d’avis dont s’est nourrie la science, la société (comme le disait quelqu’un, c’est parce que des esclaves ont critiqué d’autres esclaves que nous sommes libres aujourd’hui). C’est grâce aux critiques sous toutes leurs formes que l’humanité a évoluée. S’en priver, prôner le politiquement correct c’est non seulement faire preuve de malhonnêteté en postulant que le public ne peut souffrir de l’entendre ou le voir mais également qu’elle est un frein à la compréhension (nous vivons dans un monde où Mbetbo a écrit la république du piment). Je peux comprendre que l’on veuille ménager les susceptibilités des uns ou des autres parce que l’on craint d’offenser un ego, ou de se prendre une porte. Mais de grâce, ne prétendez pas qu’il s’agit de compréhension. Quiconque a fait français au bac sait faire un commentaire de texte. Et la plupart des gens sur les réseaux sociaux ont eu une épreuve de français au BEPC. Donc bon.

Sous couvert de politiquement correct, on évite de remettre en question un système de pensée délétère. On cache sous le tapis l’éléphant. Et l’on ne se regarde plus dans le miroir.
C’est quand même proprement aberrant. Un journaliste qui valide la censure.

Ace est un passionné de communication et de start-ups. Autodidacte formé auprès de professionnels du marketing et de la communication, il allie exploration personnelle, pratique du métier et recherche incessante amélioration dans une approche interrogative, qui s’intéresse au secteur de façon globale, en le replaçant au centre de l’entreprise. Sa démarche s’attache à formaliser de manière spécifique les problématiques communicationnelles qui touchent les structures en tenant compte de leurs divers niveaux d’organisation.