Le mouvement numérique au Cameroun : entre rêves et réalités

Non. Il ne s’agit pas de dresser un document scientifique du type mémoire, ni de parsemer tout le billet de chiffres à tout va, en veux-tu en-voilà. Par contre, la circonscription de cette thématique, les attentes des parties prenantes et leurs manifestations supposées et réelles dans l’environnement économique Camerounais, constitueront les axes de développement de cette problématique bien réelle que connaissent tous les acteurs du secteur.

Commençons donc par s’entendre sur ce dont on parle

Quand on parle de « mouvement numérique », l’on sous-entend les activités, les services, les solutions, les innovations, les actualités, les lois et toute autre réalité ayant un trait direct ou indirect à l’utilisation et à l’exploitation de mécanismes et d’outils informatiques de haut ou bas niveau, visant à traduire des données brutes en information produisant du sens à l’échelle humaine. Cette définition un peu trop compliquée, je le concède, cache l’idée simple que le numérique n’est pas cette image caricaturale d’un homme (ou d’une femme désormais) qui travaille sur un ordinateur et dont lui seul, sait ce qu’il en fait. Ou l’image de jeunes recroquevillés et pianotant sur leurs qui, une tablette, qui un smartphone et paraissant absorbés, ne se souciant de rien tout autour. Le numérique suppose, tout du moins dans son exigence fonctionnelle, qu’autant que possible toutes les activités et flux produits dans un écosystème soient convertibles en nouveau type d’information exploitable et facilite l’aide à la décision, soit rapidement accessible et à terme, génère du revenu ou du bien-être (dans une certaine mesure).

Affaire d’initiés?

Préalables ainsi posés et à contrario de ce que l’on pourrait penser, le numérique n’est pas que l’affaire d’une poignée de personnes ou d’une caste d’initiés. En fait, l’appropriation des retombées positives de cet univers s’adresse, s’impose et doit s’imposer à tous.

C’est ce que l’on observe timidement de la part des ménages et des particuliers quand on considère les chiffres exponentiels concernant les exportations d’ordinateurs ou de téléphones portables et le nombre d’abonnés auprès des opéraieus téléphoniques. Ceux-là mêmes qui n’ont presque pas mis pied dans un cybercafé, deviennent les plus importants utilisateurs de Whatsapp et autres applications de chat. Les plateformes de vente en ligne (groupes, site web, application mobile) d’entreprise ou personnelle fleurissent, les multiples usages des systèmes de paiement mobile pour des services traditionnels comme le paiement des factures, témoignent de bien plus qu’un intérêt pour ces choses.

D’ailleurs, les grandes organisations privées, principalement les opérateurs téléphoniques et publiques s’inscrivent aussi dans cette optique si l’on en croit les propositions faites dans les rapports des toutes récentes Journées Nationales du Numérique. Elles souhaitent converger vers l’optimisation des services offerts aux utilisateurs via l’exploitation maximale de la fibre optique, entre autres engagements.

Puis, il y a le grand ensemble des acteurs pourvoyeurs non-exclusifs de solutions numériques. Notamment, les PME, TPE, start-ups, développeurs, incubateurs, associations, etc. En extase devant les exploits Occidentaux sur le marché des solutions numériques et en face des initiatives continentales à succès, ils ambitionnent de relever le défi et de hisser le Cameroun à la place qu’ils le pensent mériter. Pour preuve, on ne compte plus les start-ups qui naissent tous les jours…

Parlant des start-ups

… Et qui meurent tous les jours. Parce qu’au fond, après s’être nourri de rêves, très tôt la dure réalité les rattrape et par manque de persévérance ou de remise en question, elles finissent par couler et même par développer une aigreur vis-à-vis de celles qui réussissent.

Les causes sont forcément diverses. Entre le manque de soutien public, le manque de financement et les mystères de détermination des attributions de marchés, les start-ups ne s’y retrouvent pas. Cela a été dit et redit mainte fois. On pourrait y ajouter le fait considérable que les poids lourds ne jouent pas le jeu. Prenons le cas par exemple des API. Si ce n’est pas les démarches qui sont lourdes ou hors de sens, c’est leurs inefficacités ou irrégularité fonctionnelle qui sont à déplorer. De même, pour des solutions localement réalisables, on ne voit que trop souvent des contrats octroyés aux sociétés du « blanc », perpétuant ainsi le mythe de la supériorité de l’occidental sur l’Africain, noir plus précisément.

On pourrait rétorquer que certains de ces poids lourds organisent des challenges pour soutenir le mouvement. Comme si un téléphone offert ici, une somme de l’autre, une exposition médiatique par-là, se convertiraient en clients ou en carnet de commandes, éléments vital de la vie d’une entreprise. C’est des marchés que ces entreprises ont besoin, pas de célébrité temporaire.

Et l’Etat dans tout ça ?

Il brille particulièrement dans sa triple-absence : absence de vision (organisée en projets) à long terme, clair et bien circonscrite, absence de planification et absence de cadre légal et de mécanisme de suivi des dits-projets. Peu importent les velléités des acteurs privés et individuels, il reste quand même aux responsables publics d’installer à la fois un climat économique et un environnement technologique qui inciteraient toute une génération à miser et à investir sur les innovations qu’apporte le numérique.

Il y a beaucoup à faire et la marge confiance dans l’entreprenariat numérique au Cameroun peine à franchir le point « espérance ».  Si nous ne nous activons pas vite, avec un sens patriotique fort, le Cameroun risque de se faire dépasser comme il l’est déjà dans la culture, le système éducatif, la production agricole, les infrastructures de transport, certains sports ou encore les médias.

Qui a écrit cet article?

Sergeobee

Project Professional Manager, Chief Creative Officer, Marketing Manager, WebDevelopper, WebDesigner, Online and Digital Manager, producteur et animateur radio/TV et fondateur d'obosso. Founder et CEO d'artecaa, qui gère la plateforme de travaux ponctuels rémunérés eboloo.com.
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  • Colay Colay

    Super bien écrit et exposé