Le Cameroun n’a pas besoin d’aide internationale

Suite à une publication du professeur émérite Achille Mbembé sur Facebook du 12 Octobre 2018, une analyse de son discours s’est imposée comme telle, au vu de ce qu’il faut considérer comme un sérieux affront à la potentialité politique Africaine et précisément Camerounaise.

A coup d’illustrations par des éléments journalistiques de médias réputés occidentaux, le professeur légitime sa dénonciation de la situation politique au Cameroun. On a atteint ce niveau-là. Il aurait pu citer les témoins de l’intérieur, les acteurs locaux, mais il s’est pourfendu des conclusions de ceux dont il dit que l’intention de leurs actions en Afrique « finissent toujours par aliéner le peu qui nous reste de souveraineté ». Une sorte de syndrome de Stockholm, me direz-vous. Avant de procéder à toute analyse sur l’Afrique, il faut arrêter une fois pour toutes de cautionner et légitimer les combats en faveur de cette dernière, via le prisme du regard Occidental. Arrêtons cette auto dévalorisation.

S’il faut reconnaître que son discours porte une série de points sur les actions possibles que peuvent effectuer l’opposition locale, personne n’est dupe en lisant le texte du professeur, qu’il requiert au fond la participation très active des étrangers Occidentaux. D’ailleurs, il termine ses propositions à mener par les opposants locaux, par une validation en bonne et due forme de la communauté internationale, prête à agir, « Défendues avec intelligence et adresse, elles pourraient aisément recueillir le soutien de la communauté internationale« . En gros, on veut « internationaliser » le combat au Cameroun, mais ne pas l’appeler ainsi.

Le vrai pouvoir appartient au peuple!

Au contraire de l’approche du professeur, bien trop naïve, bien trop pamphlétique, bien trop démagogique, quoique non-violente (et c’est à saluer), la solution pour faire avancer le Cameroun, ne réside pas, à mon avis, dans l’intellectualisation des propositions, vinrent-elles des plus grands stratèges et « amis » du Cameroun. Au-delà du fait que ces dernières demandent un quasi-accord des forces sollicitées, dans le temps, un budget conséquent, qu’elles nient la réalité des intérêts particuliers locaux, nocifs, noyés dans son semblant de grand plan Marshall Camerounais, qu’elles ne tiennent pas compte des forces obscures, réseautiques mondiales, qui ont tout intérêt à voir le chaos pour profiter d’un pays immensément riche (cf. Lybie, CI, Congo et autres) en manipulant ces forces locales, elles ratent le coche ce qui devrait être la priorité pour le redressement tant espéré.

Le vrai pouvoir appartient au peuple, pas à des polytechniciens, pas plus que le changement n’est pas le fait d’une loi de plus ; d’ailleurs qui se gargariserait d’avoir des lois meilleures que celles au Cameroun ? Un pays ne change pas profondément en parsemant des solutions ponctuelles, sorte de calmants pour des situations ponctuelles, même s’il faut le faire. Une nation ne se bâtit pas à coup de technocratie, d’implémentation de plans de gouvernance sophistiqués, de politiques « marche ou crève » (j’en suis encore tout choqué que le professeur envisage de mêler l’armée à la destitution de Biya ; en 2018 !) et encore moins dans des consensus politiques politiciens, quand on sait que le pouvoir est une drogue qui ne se partage pas et ne s’est jamais partagé dans quelque pays du monde. L’absence d’une simple coalition au cours de ces élections nous l’a démontré clairement.

Ce qui me désole dans les propos d’Achille Mbembé, c’est le fait fi de la mise en avant de la démocratie pour suggérer toute autre proposition pour redresser un pays.

Tout réside dans la formation citoyenne, démocratique et politique du Camerounais. C’est dans les cerveaux et dans les cœurs des jeunes enfants qu’il faut inculquer les notions de patriotisme et du sens social. C’est tout petit, dans les associations de quartier, les APE, les salles de classe que les notions de liberté d’expression, de contradiction, d’argumentation doivent être enseignées et transmises. Tout passe par l’éducation, dans toutes les sphères et toutes les strates de développement et de croissance de l’enfant du pays : écoles, milieux sportifs et culturels, lieux professionnels, cercles religieux, etc. Un cerveau plein, comme celui du professeur Mbembé a plus de chances de renverser Biya, d’influencer toute une génération que 25 millions de personnes habitués à la gestion de type chefferie ou nourris à la gestion des choses façon pain-sardine. Chaque acteur de cette campagne a apporté sa contribution et redonné gout à la politique comme plusieurs en témoignent désormais. Chaque observateur et électeur – et même, non-électeur – a bien pu constater l’engouement et surtout, l’éventualité d’un « dégagisme » du Président – si on considère par exemple que le total des voix de l’opposition est supérieur à celui du président sortant. Il est indubitable que pendant que les consciences s’éveillent çà et là, malgré les problèmes énormes de tribalisme, et que la soif de changement est énorme, la formation et la transformation de citoyens sur le pouvoir de la démocratie permettront de d’offrir aux futurs votants de penser et de projeter l’avenir de leur pays.

Ce qui me désole dans les propos d’Achille Mbembé, c’est le fait fi de la mise en avant de la démocratie pour suggérer toute autre proposition pour redresser un pays. L’Afrique et le Cameroun ne pourront donc jamais être suffisamment matures pour y arriver ? Ses citoyens sont donc si idiots qu’il faille que l’internationalisation de la situation du Cameroun soit son option privilégiée ? Cette Afrique paradoxale qui se veut progressiste, évoluée, indépendante, apte à prendre des décisions par elle-même, mais qui revient systématiquement vers son bourreau pour son soutien, me sidère, me consterne, me révolte, me brise, m’effraie, me décourage souvent.

La connaissance, dans son ensemble, le savoir, la lecture, la culture me paraissaient les armes essentielles pour préparer un lendemain meilleur, à l’instar du Rwanda, bien qu’ayant un président que jusqu’ici les Occidentaux ont considéré comme dictateur, a su incuber une population dans un objectif d’amour de soi, des siens et de la patrie. Je comprends les personnes qui partagent l’avis du professeur, mais j’ai la faiblesse de croire que je n’ai pas que deux neurones – et avec moi, des millions de Camerounais – pour imaginer que par des voies démocratiques, par le vote, les élections, par des actions citoyennes et un amour fort du pays, on peut à nous seuls, redresser notre pays.

Ce qu’il manque cruellement dans l’analyse de Mbembé, c’est la compréhension du fait que la mal Camerounais, qui origine lui-même des vestiges d’un colonialisme mal sevré, est enlisé dans un système, une façon de penser, d’être et d’agir. On remplacerait Biya de ce pouvoir que les mêmes ressorts qui ont perpétué ce régime changeraient de couleur, mais demeureraient tout de même. La corruption, la saleté, le désengagement, la fraude, le faux, l’anti-patriotisme, etc. sont quelques maux qui minent notre société et dont j’aurais du mal à les attribuer au seul Biya. Il y a quelque chose de bien plus profond à faire que de se limiter à ce qui parait comme une synchronisation et une campagne médiatique et politique pour bouter dehors Biya (cf. Henri Bernard Levy et la Lybie). Actions qui auraient pu être faites depuis longtemps déjà si vraiment, c’est le Cameroun qui les intéresse. Il faut comprendre la mentalité Camerounaise face à ses enjeux sociaux et quotidiens, comme la crise dite anglophone, les combats contre Boko Haram pour convenir que l’importation des concepts d’université ou de grands bureaux internationaux ne marchent et ne marcheront pas…

Dans un an, il y aura les législatives et les Camerounais auront l’occasion de démontrer qu’ils sont un peuple qui a grandi et qui peut agir sur son propre développement, sans une quelconque internationalisation de sa situation. Nous ne sommes pas des cobayes de concepts de gouvernance pour que des stratégies pensées par des étrangers, pour des étrangers, en utilisant des têtes Camerounaises, viennent s’expérimenter chez nous. Cette façon de vendre son chef, son roi, et même son dictateur aux autres est significatif de la valeur qu’on se donne à soi-même : d’éternels assistés. Tel un enfant qui a des soucis avec son parent, il n’est pas recommandable de le salir au dehors, même s’il faut prendre des décisions dans la maison, y compris en le punissant.

A l’attention des potentiels intervenants à l’internationalisation : épargnez-vous cette peine ; nous n’avons pas besoin de vous. Nous avons Joshua Osih, Maurice Kamto, Cabral Libii, d’autres politiciens, des intellectuels, le professeur Achille Mbembe, des tas d’activistes, de brillants politologues, une société civile forte, des citoyens inconnus et même dans une certaine moindre mesure, Paul Biya lui-même, pour faire du Cameroun, le pays en puissance qu’il est.

Restez chez vous !!!

Project Professional Manager, Chief Creative Officer, Marketing Manager, WebDevelopper, WebDesigner, Online and Digital Manager, producteur et animateur radio/TV et fondateur d’obosso. Founder et CEO d’artecaa, entreprise offrant des services dans le digital.