La vérité des urnes en Afrique est toujours une vérité revelée

J’ai eu le plaisir de discuter aujourd’hui avec Irenée Rutema, mon premier meilleur ami quand il y a plus d’une décennie je suis arrivé au Canada. Il m’a juste fait un petit message-surprise et cela m’a fait énormément plaisir. Nous étions tous inscrits en science politique, à l’Université Laval. Lui il était originaire du Rwanda, mais était dejà canadien, de culture. Il était très populaire à l’Université et c’était toujours un bonheur d’être près de lui le jeudi, quand nous allions au Pub et au « grand Salon »de l’Université. Notre premier cours de science politique, à l’Université Laval s’intitulait « Politique et Démocratie au Canada ». On y parlait beaucoup du référendum qui s’était passé quelques années plus tôt sur la souveraineté du Québec. La question était : « Acceptez-vous que le Québec devienne souverain ? »
Il faut dire au lecteur non initié qu’il y a au Québec plus de trente mouvements souverainistes!!! Et que c’est une idéologie, le souverainsme, qui a plus d’un siècle au Canada. Le général De Gaulle avait même failli s’en mêler. « Vive le Québec libre » avait-il dit.

Pourtant les souverainistes ne sont pas rentrés dans le maquis pour combattre les leurs. En 1995, lors du référendum sur la souveraineté de cette province canadienne, il y avait eu, sur 4.757.509 suffrages exprimés plus de 2.308.000 (49.42%) de oui à l’indépendance. Le camp des Non ayant gagné d’une courte tête (50% ), il y avait eu des accusations de « vol orchestré » des voix contre le gouvernement fédéral. Plus de dix ans après, jusqu’en 2008 des contestations par rapport au décompte des voix ont eu lieu qui n’ont pas prospéré dans les juridictions canadiennes. Le recomptage a été impossible parce que les ballots avaient déjà été incinérés.

Malgré ces divergences fortes et passionnées entre les sujets de sa majesté la Reine Elizabeth II, le Canada était régulièrement classé ces années-là comme le meilleur pays au monde pour y vivre.

Ayant eu la chance de vivre longuement dans différents pays en Europe, en Amérique du Nord et en Afrique, je m’étonne toujours de la facilité qu’ont les Africains à vendre à si bon marché leur pays. A prendre les armes qu’ils ne fabriquent pas, à attenter à des vies au nom de convictions qui peuvent être sincères mais sont souvent erronnées. Dans mon mur, hier, un concitoyen anglophone est venu faire l’augure du chaos après Biya.

Je suis encore plus pessimiste que lui, mais pas dans le sens d’une guerre de tous contre tous. Une telle guerre est hautement improbable. Je suis pessimiste, parce qu’il nous sera difficile d’avoir tout de suite un homme à la mesure de nos attentes, les changements ne seront jamais que cosmétiques. Les tensions actuelles loin de préparer la fin du régime confortent des options, précisent les desseins de ceux qui gouvernent. Les guerres d’usure profitent toujours aux régimes autoritaires. Les tensions ne sont pas en soi un problème. Cette ébullition de la société est créatrice. Mais à la fin de la journée les plus riches seront toujours plus riches, nos universités seront toujours aussi délabrées. Nul parmi ceux qui aiment le Cameroun à mourir ne songe à faire des dons d’amphithéâtre. Ce que je vois ici aux USA, c’est chaque jour des dons en millions de dollars d’anonymes ou d’anciens étudiants pour la création de nouveaux pavillons. Des dons faits à des universités dejà multimilliardaires. Pourquoi ceux qui s’usent à agonir d’injures leurs concitoyens ne construisent-ils pas des bibliothèques ? Pourquoi n’offrent-ils pas des MOOC ou des cours populaires sur Internet plutôt que de se servir de leur audience pour préparer des guerres par paypal et des tracts via des logiciels en ligne. La chauve-souris qui embrasse toute cause qui peut embraser le Cameroun est-elle ce que la jeunesse mérite ? The inflammatory language used by the “chauve-souris” against a minority (Bulu) is a form of racial incitement that should be condemned. The contents as well as the arguments are scandalous. Whatever he tells you to do, please always do the opposite, it is wiser to move to reverse.

Le Sénégal que j’ai visité, démocratie la plus constante d’Afrique francophone, depuis si longtemps, peuple de braves, à 97% musulman, ancré dans sa culture et authentiquement francophone en même temps est pourtant l’un des pays les plus pauvres de la planète. Le Benin vient de condamner à la prison l’un de ses candidats les plus importants à la dernière présidentielle et malgré sa longue tradition démocratique n’est pas logé à meilleure enseigne que le Cameroun. Au-delà des comparaisons, ce que je veux dire c’est qu’il faut penser au Camerounais nouveau, ce n’est pas dans la contestation politique qu’il va se forger, mais dans le travail et l’effort personnel.

Une seule personne, placée au bon endroit peut défaire certains états africains, il suffit d’aussi peu que 500 personnes déterminées pour sémer le chaos à Yaoundé. Ce n’est donc pas l’arithmétique des urnes qui prévaut quand il s’agit de sécurité nationale. L’argument selon lequel le score gonflé à l’hélium de Biya devrait en toute bonne conscience le rasserener ne vaut rien.

Les USA, hyperpuissance nucléaire, sont sans cesse touchés par des malades et des débordements de fanatiques. Anders Breijvik en Norvège a fait mal tout seul. Et donc le Cameroun doit prendre au sérieux les menaces de guerre que font peser sur lui les sous-marins de Kamto. Ce dernier est peut-être lui-même devenu un cheval de Troie. Ils ont compris qu’il pouvait leur servir de figure de camouflage. Or si même à force de paniquer Biya qui a survecu à l’assaut de militaires formés pour le tuer le 6 avril 1984, s’il venait à mourir de crise cardiaque au bruit des marmites que feront les proto-putschistes ou si les attaques contre l’Etat prospérait, Kamto serait la première cible à la fois de ceux qui partent comme de ceux qui viennent. La démocratie est un instrument pas une fin. Et il y a des moyens au-dessus d’elle: l’éducation des masses, la discipline des mentalités, et la maîtrise de nous-mêmes. Au lieu de vous envoyer des armes, qu’ils vous bombardent de livres.

J’ai commencé en parlant de mon ami rwandais, je finis en parlant du Rwanda. Les idées féodocolonialistes d’une ethnie avaient sous Juvenal Habyarimana le nom de « révolution sociale ». C’était un Hutu qui disait gouverner en toute démocratie, étant les plus nombreux. Pourtant aujourd’hui, Kagame, un Tutsi gouverne, également en toute démocratie, pourtant il est issu d’une ethnie minoritaire. La vérité des urnes en Afrique est toujours une vérité revelée. Il faut y croire ou pas mais ne pas arreter de jouer sa partition. Si on est enseignant, il faut éduquer; si on est artiste il faut créér; si on est engagé en politique, il ne faut pas blesser et choquer en permanence.

Author & Playwright. Docteur lettres, arts & sciences humaines de l’Universite Grenoble Alpes/ Université de Lausanne