La revanche des grosses gueules

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black-heroesA lire les récentes publications de Dieretou, les plaintes et craintes de Befoune, les coups de gueules de Paul Emmanuel, la lassitude de Will Fonkam, les mises au point (l’expression est faible) du Disrupteur (je crois que c’est son vrai métier là-bas 😉 ) et d’autres bloggueurs que je ne peux pas inclure ici pour des raisons évidentes, un sentiment, plutôt une certaine réalité surgit de ces différentes actualités: le blogguisme aspire à quelque chose de bien plus que de raconter des histoires drôles, de faire de la pédagogie professionnelle (enfin, du copier-coller d’autres blogs mieux outillés), de ragoter sur telle ou telle star ou de donner des astuces que parfois on n’a jamais essayé. Si j’emploie l’expression « vent de liberté », je pense que vous seriez d’accord avec moi… Ou pas. Et pour cause.

L’enjeu de la sémantique et du verbe

D’un côté, vous avez des termes qui ont toute leur place dans ue configuration dialectique, mais pour qui la société a attribué une connotation particulièrement péjorative: se plaindre, (trop) discuter, critiquer, juger, condamner, controler, dénoncer, etc.

Et de l’autre, ceux qui sont censés representer de bonnes intentions: encourager, exhorter, édifier, promouvoir, agir (très souvent suivi de « au lieu de critiquer »), etc.

Et chaque galaxie lexicale a ses gardiens et ses populaces, dont la très grande partie se situe dans – vous l’aurez deviné – la deuxième. Pourquoi? Parce que naturellement, l’homme ne prend pas plaisir à toute forme de contradiction par rapport à ce qu’il fait, à ce qu’il a, à ce qu’il est. Il en est de même chez les bloggueurs. Vous avez ceux qui sont spécialisés dans la flatterie. Ils ne vous diront jamais quelque chose qui vous bousculera ou vous fâchera. Leur but officiel est de vous aider, leur but officieux, parfois inconscient, est de dorer leur image auprès de vous, d’augmenter leur capital sympathique auprès de futurs followers. D’ailleurs, ils sont (presque) tous « coach », « influenceur »; oui, ces métiers ou on essaie de se réaliser au travers du bonheur éphémère, de cette euphorie (pensez à cet état psychologique que les footeux ont quand un but est marqué ou quand une femme sent qu’elle est la plus belle parmi ses conseurs en présence d’hommes), que l’on procure à celui qui nous écoute.

Contre les conseils? Meeuh non. Mais quand ils sont unilatéraux, toujours orientés vers la satisfaction de l’égo, ça pose problème. Quand ils ne se concentrent pas sur le fait, mais sur la personne, ils n’arrangent pas le problème; ils rendent juste à l’aise et donnent un sentiment d’accompli, alors qu’il n’en est rien. Quand ils ne proviennent pas d’une expérience vécue, mai ne sont que des extraits de vidéos/articles lus par-ci, par-là, ils sont vides de sens. Un conseil n’a de sens que s’il s’adresse au fait, en tenant compte des circonstances, y compris en le secouant parfois et qu’au bout, le bénéficiaire peut avancer; pas vivre dans des illusions ou voir son égo stimulé.

Bloggisme militant ou de divertissement

Bah, chacun fait comme il l’entend. Beaucoup racontent des histoires, des drôleries, leur histoires personnelles, des « racontages de vie » en somme. Et ils ont beaucoup de lecteurs et même de « viewers » (si on a un vlog, video-blogging). D’autres sont dans la sphère professionnelle. Soit. Puis, y a les bloggueurs façon « Afrique Media »; des « sal-parleurs », comme aurait dit mon amie Ace, de façon taquine, puisque’elle est diplômée de cette école; première promotion ;). Ces bloggueurs et vloggueurs ne sont pas tous pro-AM, mais ils ont cette envie de relever ce qui leur parait injuste et accessoirement de proposer des (tentatives de) solutions.

Seulement, quand vous êtes célèbre, il y a toujours la tentation de faire ce qui plait aux autres au détriment de ce qui vous parait juste. Et c’est là, le défi de l’homme public: rester authentique (avec des peauffinements de parcours) ou vendre son âme au desiderata de l’audience.

Mais si on écrit, en l’occurrence, par désir de changer les choses positivement, y a pas de plus grand mensonge que de vous faire croire que les révolutions se font en prenant une tasse de café avec les pourfendeurs des faits que vous dénoncez. Arrêtez de rêver (debout en plus, en plein soleil du développement de l’Afrique), choisissez votre camp et assumez-vous. C’est pas une omelette à casser, c’est tout le salon du confort qu’il faut évacuer pour le transformer en bureau de réflexion. Bien plus, il faut même le quitter pour aller sur le terrain et agir.

Il m’est impossible d’envisager un blogging, qui n’affecte pas les vies, de manière à les transformer positivement. Tout comme mon Héros absolu, mon Mentor en chef, Celui qui sait utiliser chicote et carotte me concernant, Jésus-Christ, je crois qu’un vrai ami donne sa vie pour ses amis. Pour l’heure, on vous connait comme un beau parleur. Mais dans quelques années, que retiendra t-on de vous, quand on parlera de blogging? Si on se souvient de vous déjà. L’histoire ne retient que les extrêmes, en bien comme en mal. Vous savez, à l’origine du mouvement du blog, les auteurs racontaient leurs expéditions, leurs missions dans des pays lointains. Ils partaient de réalités et d’actions quotidiennes personnelles, qu’ils relayaient ensuite via l’écriture. Leurs prédecesseurs étaient les reporters, les photographes de guerre, les missionnaires évangélistes, les explorateurs, travailleuses du domaine social, les archéologues, etc. En ce sens, ils militaient pour des causes justifiables ou pas; mais des causes quand même.

Besoin de liberté

Pour revenir donc à ces bloggueurs qui se lâchent sur la toile, je crois qu’ils font l’expérience de « désir de liberté ». Pas par mépris des autres, mais par refus de se voir enfermer dans les cloisons du politiquement correct. Ils ne veulent pa juste être « likés » et « followed ». Ils veulent que leurs messages aient un sens, portent du fruit. Ils veulent le faire en toute liberté, sans toujours remuer leurs claviers sept fois avant de poser le mot qui ne blesserait pas, l’attitude qui ne frustrerait pas, la remarque qui ne leur fermerait pas une porte, le verbe qui ne leur ferait pas perdre un « follower ».

Je ne suis même pas sûr qu’ils seront d’accord avec le fait d’être traités de « grosses gueules », mais perso, je pense qu’ils s’ignorent comme tels ou qu’il repoussent vainement une évidence.

Je comprends et j’approuve entièrement.

Qui a écrit cet article?

Sergeobee

Project Professional Manager, Chief Creative Officer, Marketing Manager, WebDevelopper, WebDesigner, Online and Digital Manager, producteur et animateur radio/TV et fondateur d'obosso. Founder et CEO d'artecaa, qui gère la plateforme de travaux ponctuels rémunérés eboloo.com.
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