La problématique de l’économie web au Cameroun

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Outre-manche, la question ne se pose même pas. L’Internet est un pilier de croissance de tout premier ordre. Facebook, après son raté en bourse, s’est très bien rattrapé avec ses recettes mobiles. Toujours parlant de bourse, Twitter a réussi son entrée avec des actions à plus de 26 dollars. En France, Orange ambitionne d’être le numéro 1 de la 4G. Enfin, les mastodontes comme le Nigeria, l’Egypte ou l’Afrique du Sud ont démontré qu’ils maîtrisaient la 3G… Et le Cameroun dans tout ça? Bah, à sa place comme d’habitude: parmi les derniers. Egrainons les éléments qui donneraient à notre cher pays, la possibilité d’entrevoir un avenir radieux via l’exploitation du web.

Qui dit marché, dit demande…

La première question à se poser est celle de savoir si les Camerounais ont véritablement besoin d’Internet. A quoi servirait Whatsapp ou Facebook à nos grand-mères dans nos villages reculés ? Tout comme, quel serait l’internet pour un constructeur en bâtiment d’avoir Google Apps ? Il se trouve que ces questions qui sont évidentes pour les utilisateurs réguliers de l’Internet, ne sont pas évidentes pour les personnes suscitées. Tout procède de l’éducation des populations et de la pédagogie y liée. Tant que le commerçant du coin ou le quincailler géant n’aura pas vu l’intérêt d’internet, tous les arguments qu’on lui présenterait ne tiendraient pas une seule seconde. Et pour cause, cela est considéré comme une charge et des tracasseries de plus.

Il semble néanmoins que deux éléments en la faveur de l’usage d’Internet sont la réduction   de la fracture numérique et la baisse potentielle des charges de fonctionnement.

Dans le premier cas, que nous le voulions ou non, les pays avancés vont exiger dans les canaux de communication que les partenaires camerounais utilisent Internet (ne serait-ce que l’email ou les applications de Messenger).  De plus, la génération Yahoo Messenger continue de chatter et les cybercafés ne désemplissent pas. D’ailleurs à cette génération, s’est greffée la génération Facebook, qui trouve beaucoup d’intérêt dans   ces technologies. Dans le deuxième cas, on ne cessera d’évoquer la rapidité, la fiabilité, la sécurité (quoique relative depuis les scandales XKeyScore et NSA) et le traitement rapide que génère l’utilisation de l’Internet pour les opérations quotidiennes les plus basiques ; le Cloud tendant même à remplacer le support physique. C’est donc qu’il existe une demande potentielle au Cameroun.

Toutefois, cette demande est tempérée par le pouvoir d’achat des camerounais ; la clé de voûte de tout acte de consommateur. Commet expliquer à un jeune d’aller sur Wikipédia une fois par semaine, s’il n’a même pas de quoi s’acheter une chaussure de temps en temps ?

Et offre !

Malgré la multiplicité toutefois relative des opérateurs Camerounais, la réalité est qu’il existe un seul et unique détenteur d’Internet au Cameroun : CAMTEL ; les autres agissent par licence. La 3G longtemps espérée, n’est toujours pas sortie des tiroirs de l’ART et du MINCOM ou tout du moins tarde à se concrétiser, pour le plus grand malheur des consommateurs camerounais (*).

A la limite, ceci passerait. Mais quand on voit les parts de marché de l’accès au large bande, on se demande si un pays de plus de 25 millions d’habitants dont près de 15 millions en zone urbaine pourra s’offrir quelque chose d’intéressant en termes d’Internet, si tant il est qu’un marché existe ! d’après le rapport de M. Bertrand Kisito NGA, MINPOSTEL, dans son rapport au 10th World Telecommunication/ICT Indicators Meeting (WTIM-12) Bangkok, Thailand, 25-27 September 2012 , Il existe sur le marché une cinquantaine de fournisseurs d’accès et de service Internet agréés en décembre 2008, dont les plus influents sont : Ringo, MTN Network solutions (filiale de MTN Cameroon), Orange Multimédia services (filiale d’Orange Cameroun), Saconets SA, Matrix Telecom, Creolink, Avilyos, Alink Telecom. CAMTEL opère sur ce segment de marché à travers son département CAMNET. Au total, le Cameroun compte 43714 abonnés Internet en 2009.

Si on ajoute les derniers-nés comme Yoomee et Incam et que l’on décuple le nombre d’abonnés, on obtient un nombre approximatif de 500 000 abonnes ; arrondissons a 1 000 000. C’est dire qu’on est loin, très loin d’avoir séduit les camerounais.

Confirmé par la courbe des utilisateurs d’Internet (par 100 habitants) de l’université de Sherbrooke.

Internet pour 100 habitants au Cameroun
Internet pour 100 habitants au Cameroun

L’absence de vision la volonté politique et les infrastructures

Ne rejetons pas non plus la faute – seulement – aux FAI. Aucun réseau Internet ne peut se développer tant que les infrastructures ne suivent pas. Déjà que le téléphone et les routes ne sont pas accessibles partout, on s’imagine difficilement l’Internet partout. L’absence de stations de relais (BTS) en quantité, en qualité et robustesse, de bornes Wi-Fi, de connexion haut-débit pour tous constituent de criards problèmes pour un pays comme le Cameroun. Le gouvernement essaye bien d’agir, mais reconnaissons que les efforts sont faibles, pour ne pas dire epsiloniens. Comment expliquer que les écoles et lycées de la république ne soient pas tous dotés de centre informatiques respectables, alors qu’un PC peut se vendre à 50 000 FCFA ?

La formation même, bien qu’intégrée dans les cours dès la 6eme, est abandonnée aux établissements de BTS et autres DUT, qui ne proposent que ce qu’ils peuvent selon leurs moyens. Pour tout dire,  les meilleurs développeurs web et autres experts des métiers du web au Cameroun sont soit des compatriotes ayant étudié sous d’autres cieux, soit des personnes qui se sont formées en autodidactes sur la base de quelques cours donnés à l’université.

Et pour couronner le tout, l‘organisation de la fonction publique et des administrations étatiques et administratives ne laissent pas présager d’une envie quelconque de chambouler les choses et de convertir les camerounais à l’Internet : c’est la sélection naturelle qui l’emporte sur une vraie politique d’éducation de jeunes, de formation des diplômés et de recyclage des travailleurs.

C’est une fois, ces éléments mis en place : vision, provision et action que le web deviendra un moyen de développement dans ce pays.

*: L’Etat Camerounais a octroyé la 3G à Nexttel, Orange et MTN. Ce qui n’était pas le cas lors de la parution de cet article (Nov 2013).

Qui a écrit cet article?

Sergeobee

Project Professional Manager, Chief Creative Officer, Marketing Manager, WebDevelopper, WebDesigner, Online and Digital Manager, producteur et animateur radio/TV et fondateur d'obosso. Founder et CEO d'artecaa, qui gère la plateforme de travaux ponctuels rémunérés eboloo.com.
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