La société africaine donne de facto ce rôle à l’homme. Il a été éduqué (par les pères ET par les mères) à y trouver sa première source de légitimité en tant qu’être humain accompli mais également en tant que mari. Ce que ce rôle induit aussi, c’est la notion de protection.

Est-ce que ce rôle a été travesti par certains hommes pour en faire une source de domination ? Oui et c’est déplorable. Mais prenons le recul nécessaire une fois que ceci est dit. Ce rôle a persisté parce que nous les femmes y avons contribué et continuons d’y contribuer.

Ce n’est pas un parti pris ni un jugement mais un fait social. La femme africaine a été éduquée, essentiellement et depuis la nuit des temps, à ne trouver sa source de légitimité que placée dans le cadre d’un mariage ou relation de couple. Elle n’a pas été éduquée pour s’accomplir soi même en tant que personne. Elle n’a pas été éduquée à chercher à s’accomplir financièrement. Et même dans l’option de la capacité à générer un revenu (le commerce), elle a été éduquée à être contributrice et non pourvoyeuse. Et qu’est-ce que ça donne ? Des relents encore aujourd’hui de femmes qui, même quand elles travaillent et gagnent de l’argent, voire beaucoup, pensent que leur argent c’est pour elles et elles en attendent toujours de leur mari ou partenaire.

La réalité sociale est que dans le contexte africain, les femmes autonomes financièrement capables de participer 50/50 ou plus de 50% aux charges financières dans leur couple sont TRÈS rares. Très très rares. Le discours est ambivalent. Pour beaucoup de femmes, l’autonomie financière est leur capacité propre à gagner de l’argent. Pas à l’utiliser et surtout pas à être pourvoyeuse au sein d’un foyer. Pire, lorsqu’elles se retrouvent, malgré elles, dans cette situation. Beaucoup ne se gênent pas pour rappeler à l’homme son manquement. Je connais beaucoup de femmes avec un niveau d’études élevé qui gagnent très bien leurs vies, sont autonomes et qui peuvent s’offrir ce qu’elles désirent seules.

Mais tout à coup dans un contexte de mariage, l’attitude change. Elles attendent ce rôle de pourvoyeur des hommes. Ceci n’est pas un parti pris ou un jugement mais un recul pour observer le fait social dans notre société. Ce n’est pas que ces femmes font mal ou bien ! Non ! Elles font ce qui est ancré profondément et qui relève de l’éducation ; des centaines d’années d’éducation. Une même éducation qui a été donnée aux hommes. Et qui fait que lorsqu’ils sont en face d’une femme qui brise cette attitude, considérée comme normale, ils perdent leur moyen. Ils sentent leur légitimité remise en cause parce qu’on leur a inculqué, depuis la nuit des temps, que c’est ce qui les définit. Ceux qui sont mauvais perdants iront jusqu’à traiter la femme de compliquée ou de femme homme. Le fait social est aussi qu’en Afrique, ce sont les femmes qui éduquent pour la plupart ou à fort pourcentage.

Donc, cette croyance ou éducation continue parce que nous les femmes y contribuons grandement. Certaines mères vont même plus loin ; entre les « un homme n’est pas l’enfant de ta mère », « tu fais pour lui, demain il va te laisser pour une autre », etc. Des mères blessées, abusées, aigries des fois qui transmettent à leur fille ce qu’elles pensent être une arme de protection pour elle même : l’autonomie financière oui mais que pour soi même et surtout pas pour être contributrice ou pourvoyeuse dans le mariage. Et il y a des mères qui inculquent ça de la bonne façon mais souvent, on se limite au rôle de contributrice simplement. Le plus gros doit être fait par l’homme. Ceci tient lieu d’une question d’éducation. Je ne pense pas que la solution serait de s’attaquer mutuellement. Elle serait plutôt de prendre conscience de la réalité sociale et de décider de changer les choses, à son échelle personnelle et ensuite avec la prochaine génération en changeant la donne dans l’éducation des enfants, en tant que père et mère.

L’homme africain, pourvoyeur financier ! Je crois que la société a fortement évolué et avec elle, les attentes des hommes et des femmes. Je crois que de nos jours, beaucoup d’hommes ne veulent plus être cantonnés à ça. Ils veulent aussi être soutenus financièrement.

Mais, ceux qui ont cet éveil, se heurtent eux aussi à la réalité de l’éducation qui fait que beaucoup de femmes en Afrique ne pensent pas le 50/50. Ce qui est méconnu aussi, parce que les cons donnent malheureusement mauvaise presse, c’est la notion de responsabilité. Le rôle de pourvoyeur financier ne se limite pas à l’argent. Il vient avec une charge émotionnelle, celle de la responsabilité de toute une famille et c’est une lourde couronne à porter (force à tous les hommes, maris et pères responsables).

Mais l’éducation fait aussi qu’en général, quand cette couronne est trop pesante, les hommes ne demandent pas de l’aide à la femme. Rares sont ceux qui le font (quand ils ont le cadre pour). Parce qu’ils n’ont pas été éduqués à ça. Ils doivent rester forts et ne pas pleurer. Bien sûr que l’argent ou le nom ne sont pas les seules choses qu’un homme peut apporter. Mais bien souvent, ils n’en sont pas conscients eux mêmes. Parce que l’éducation a fondé leur identité et légitimité sur ces choses. Quand on leur enlève ça, bcp sont perdus.

La question fondamentale ne serait même pas ce qu’un homme ou une femme peut apporter dans un mariage. Ce serait : en tant qu’homme ou femme, qu’est-ce que je mets sur la table ? Quelles sont mes attentes ? L’autre peut il ou non les combler ? Parce que nous n’avons pas tous la même vision du mariage ni les mêmes attentes. Là où un homme dans le seul rôle de pourvoyeur financier serait suffisant pour une femme, il peut ne pas l’être pour une autre. Là où une femme qui cuisine et prend soin de la maison serait suffisante pour un homme, elle peut ne pas l’être pour un autre.

Nous vivons dans une société avec ses codes. Votre attitude et l’attitude de l’autre sont conditionnées par beaucoup de chose qui trouvent souvent leur source dans l’éducation et l’environnement familial. Je pense qu’il faudrait qu’on arrive à un niveau de bienveillance commune dans notre génération. S’accuser mutuellement ne résoudrait rien sinon perdre de vue l’essentiel. L’essentiel étant qu’on vit dans une société où les règles du jeu ont été définis par des gens (hommes comme femme) qui ont fait comme ils pouvaient et qui ont fait selon la réalité de leur époque.

L’égalité devrait être aussi l’intelligence. Celle pour co construire ensemble et penser différent pour la génération à venir. Parce que se jeter mutuellement les torts ne participerait pas à éviter de reproduire les mêmes erreurs.