Interdiction d’emballages plastiques au Cameroun: bonne ou mauvaise nouvelle?

Le ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable du Cameroun a mis en vigueur depuis le 24 avril 2014, l’interdiction de l’utilisation des emballages plastiques non-biodégradables. Plus précisément des emballages de moins de 60 microns. Selon les autorités publiques, les commerçants devaient s’arrimer au plus vite afin de ne pas être hors-la-loi le moment venu.

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Une question de protection de l’environnement

Il est indéniable que l’utilisation des sacs plastiques nuit et nuira dans un avenir proche à l’environnement. L’exemple terrible du Brésil dans un passé récent est un enseignement que les plus farouches opposants à l’arrêté ministériel ne sauraient résister. Selon Verdura, en France par exemple, les emballages plastiques « se retrouvent par centaines de millions dans la nature, et sont responsables de la destruction de la biodiversité » (plus de détails ici). De nombreux méfaits leur sont imputés dont particulièrement un ROI très faible même lorsqu’il s’agirait de les recycler. Le parlement Européen a très récemment pris des mesures (2014) sur cette question en interpellant, sensibilisant, en orientant les politiques vers le recyclage tout en laissant chaque gouvernement décider de sa méthode d’action. En l’état actuel des choses, on est plus sur la mise en décharge et l’incinération jusqu’en 2020. On est loin des saisies spectaculaires vécues ici au Cameroun…

La réalité écologique aujourd’hui

En attribuant donc à l’Etat Camerounais une relative volonté de lutter pour le développement durable, il ne faut pas être aveugle quant aux énormes enjeux que fait face le pays en matière d’environnement:

La déforestation. Jean Nke Ndih, secrétaire exécutif de la fédération des partis écologistes d’Afrique, déclare dans son excellent rapport sur la déforestation au Cameroun (lire ici) que « la partie méridionale du Cameroun récèle de vastes forêts tropicales […] qui sont sous la menace d’une disparition programmée « .

la mort à petit feu de la savane au Nord. Personne n’ignore que la faune et la flore Camerounaise, malgré les efforts du gouvernement, d’entreprises privées et des populations plutôt engagées écologiquement, à terme, vont disparaître. Jean Nke Ndih ajoute que « la partie septentrionale du Cameroun vit les affres de la désertification« .

la pollution due à la consommation de l’essence. Bien que le parc automobile Camerounais ne soit pas exceptionnel comparativement et proportionnellement à ses voisins, le constat est amer quand on considère les quantités d’émission de CO2 et de déversement d’huile à moteur dans les rigoles de station d’essence.

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« Ce tableau montre que la ville de Yaoundé en 2020 aura atteint un niveau de pollution très élevé si des mesures ne sont pas prises pour réduire cette pollution due au transport urbain. Or ces données de 2005 qui ont servi de base pour la présente projection de pollution, ne tiennent pas compte des motos dont le nombre croît de manière exponentielle et qui élèvent considérablement le taux de pollution par habitant. » (1)

l’insalubrité dans nos grandes villes. Au-delà du manque-à-gagner touristique qu’engendre une ville sale, avec ses déchets éparpillés à tout coin de rue, il y a surtout le danger de maladies qui guettent les citoyens. Rappelons que le paludisme, bien qu’en nette régression tue encore et plus que le SIDA: plus de 40% dans la région du Nord!

On aurait aussi pu parler des eaux résiduelles, des pesticides, des équipements électroniques, etc. dont les remarques sont affirmées par des organismes tels que la FAO ou ECOVOX.

Lutte contre la pauvreté ou action démagogique?

L’ACDIC (Action citoyenne pour la défense des intérêts collectifs) pense que «cette mesure n’est pas en concordance avec les préoccupations sociales et économiques des populations». Malgré son soutien à cette action gouvernementale, il faut que l’Etat accompagne. En effet, on ne résout pas un problème en créant un autre. Le compromis idéal serait, comme le fait le Brésil, de convertir ce qui est un déchet en niche économique; par exemple, la production de nouveaux objets à partir d’éléments recyclés. On se heurte plutôt à une politique nationale de traitements de déchets non-volontariste. Non pas que les lois ou les discours n’existent pas, mais ne sont très rarement que suivis de près ou n’ont qu’un rendement faible. Une simple action récurrente de sensibilisation du fait écologique dans les écoles, au travers de programmes scolaires et académiques, des messages de grandes envergures, l’implication obligatoire des grandes entreprises dans le fameux concept d’  » entreprise citoyenne « , elle-même suivie d’une exemplarité des élites au sujet de l’engagement écologique, aurait permis aux citoyens de « comprendre » et même d’accompagner idéologiquement l’arrêté du 24 Avril 2014. Le véritable problème réside dans le fait que les politiques gouvernementales souffrent d’un problème de priorisation et de suivi des actions. Parce qu’en soit, ce serait bien de proscrire l’utilisation de ces emballages plastiques, mais bien plus, cette action doit s’inscrire dans un programme dont tous les Camerounais sont sensés partager, relativement, la vision. Dans un autre aspect, le Kenya s’est fédéré autour de la valeur « tourisme » pour l’intérêt national. On pourrait d’ailleurs se poser la question de savoir qui se cache derrière tout ça. Y aurait-il une société prête à investir le marché afin de proposer des emballages bio-dégradable et conformes, avec un circuit de distribution prêt à se déployer? L’absence de (visibilité du ) projet gouvernemental est le principal défaut de ce pays.

(1): Impact du parc automobile sur la congestion du trafic et la pollution de l’air dans la ville de Yaoundé, par Alice Matcheubou, Joëlle Yamba, Thomas Tamo Tatietse.

Pour en savoir plus:
– sur le sac plastique.
– sur l’utilisation du bois

Qui a écrit cet article?

Sergeobee

Project Professional Manager, Chief Creative Officer, Marketing Manager, WebDevelopper, WebDesigner, Online and Digital Manager, producteur et animateur radio/TV et fondateur d'obosso. Founder et CEO d'artecaa, qui gère la plateforme de travaux ponctuels rémunérés eboloo.com.
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