Pour une émergence dans les consciences dès aujourd’hui

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foule

Au Cameroun comme dans nombre de pays africains récemment sortis des douloureux  plans d’ajustement structurel, l’ambition affichée est d’atteindre le stade de pays émergent à l’horizon 10 – 20 ans.

Cependant un regard rétrospectif sur le niveau de performance économique du Cameroun depuis 2010 (date d’entrée en vigueur de la première étape de la vision) et la tendance qui se dégage ne donnent pas de signes encourageants quant à l’atteinte de cet objectif. Point n’est besoin de se livrer à des contorsions intellectuelles de haut vol pour se rendre compte que les recettes actuelles ne fonctionnent pas ! Quelque chose cloche!

Une grande part du problème réside en l’homme, le camerounais, qui est à la base, le moteur du développement, qui conçoit, pense son avenir et met en œuvre les moyens de divers ordres pour transformer ce qui aujourd’hui est une vision en réalité.

La dimension  « spirituelle » de cette marche entamée vers le « mieux être » reste encore peu évoquée et cet état de chose remet en cause sérieusement la capacité à matérialiser cette vision.

Irresponsabilité, déficit du sens de l’Etat, mépris de l’intérêt général, manque de foi, inconscience, manque de maîtrise organisationnelle, absence d’objectifs, gabégie, népotisme, passivité, résignation, tribalisme, fatalisme, apathie, léthargie et esprit sectaires autant de réalités qui forment la substance nourricière de ce « mal » profond encore fortement enraciné dans les cœurs de la majorité des camerounais et qui handicape sérieusement la marche vers le développement en ce qu’ elles sont sources de gaspillages de ressources rares, de désunion, de stagnation voire régression à un moment de l’histoire ou tous les regards sont tournés vers l’Afrique en général (on a coutume de dire qu’elle constitue la dernière frontière de la croissance) et où elle constituera encore plus que par le passé le terrain ou de nombreux et importants intérêts s’entrechoqueront.

Il faut dire que ce mal tient aussi à notre histoire tumultueuse marquée notamment par les déportations, l’esclavage, la colonisation puis les instruments néocoloniaux de domination tels que les pactes coloniaux, accords CEE/ACP, accords de partenariat économique, le contrôle de nos monnaies etc. qui ont installé dans la conscience des camerounais des schémas de pensée d’assisté, d’irresponsable et nous ont plongé dans une misère matérielle et spirituelle (la combativité, la résistance, l’autonomie de la pensée ont été détruites).

Mais cela ne saurait constituer une excuse. Le succès dans la compétition économique mondiale dans laquelle nous nous retrouvons engagés s’accommode mal de ces tares.

Il est nécessaire de réformer les consciences, il est urgent de s’arracher à ce « Mal » qui vit  et persiste à travers nos comportements et nos mentalités, nos actions et réactions et dont les conséquences néfastes sur notre économie ne sont plus à démontrer. Il est vraiment grand temps de mettre définitivement fin à toutes ces inepties et de commencer  l’œuvre de reconstruction du pays dans les esprits du plus grand nombre. Cela exige un voyage à l’intérieur des consciences pour découvrir que ce sont surtout nos bassesses, nos limites, nos faiblesses qui nous ont gardé en dehors du « train du développement » que d’autres ont emprunté depuis longtemps. Il faut tuer le vieil homme pour laisser éclore le camerounais nouveau. Comment s’en sortir donc ?

C’est avant tout un engagement personnel, ferme et décisif que chaque camerounais doit prendre ne serait-ce que par révolte face aux souffrances inutiles endurées hier et aujourd’hui.  Il est nécessaire de se lancer dans une démarche progressive et profonde de purification de son esprit conduisant à nourrir des ambitions honnêtes, une générosité sincère vis-à-vis de tous, un esprit altruiste, conquérant. Il faut engranger des connaissances et être solidaires, bref soyons le changement que nous appelons de tous nos vœux. En cela, des exemples emblématiques ne manquent pas en Afrique : Thomas sankara, Nelson Mandela, patrice Lumumba, Gamal Abdel Nasser pour ne citer que ceux-là !

Qui a écrit cet article?

Patrick Kameni

Patrick est consultant dans un cabinet conseil de la place.