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Concernant la polémique sur l’entrepreneuriat Africain

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Peut-on considérer qu'un vendeur de viande rôti est un entrepreneur?
Peut-on considérer qu’un vendeur de viande rôti soit un entrepreneur?

Sourires. (Façon Ace).

Ce cher Hamidou Ane aura eu au moins le mérite de reposer la problématique générale de l’essor de l’Afrique, version entrepreunariat et de faire jaser. Rien que pour ça, bravo. Et cela ne peut être qu’encourageant de voir des races d’intellectuels Africains germer et produire des contenus, issus de débats assez intéressants comme celui sur lequel, je m’apprête aussi à donner mon avis. Contenus d’ailleurs, à même de nourrir des espérances et des actions pour le progrès de l’Afrique.

Puisque nous sommes interpellés sur cette question, simplement en tant qu’Africains, j’aimerais signifier mon point de vue sur deux axes principaux : les approches analytiques et leurs correspondances en termes de référents idéologiques d’une part et d’autre part, ce qui me semble être les véritables enjeux derrière ces questions. Proposer une orientation sérieuse à considérer pour l’Afrique me paraitra alors évident.

Je ne m’attarderai donc pas sur les chiffres, déjà parce que je n’en ai pas les compétences, ça nous évitera aussi les céphalées, mais surtout parce que je crois qu’on « pense » d’abord une société et qu’à partir de ce moment, on peut faire dire aux « data » ce qu’on veut.

Les approches analytiques et les référents idéologiques

A lire les billets, les commentaires et les réactions des uns et des autres sur ce sujet (ici et ), il est on ne peut plus évident que deux approches du même problème semblent émerger.

D’un côté, nous avons l’approche que je pourrais qualifier, d’holistique, macro-problématique. Approche qui consiste à considérer le développement en termes d’agrégats et de niveaux de diffusion générale des besoins de la société et d’accès aux ressources par les différentes composantes de cette société. Entre d’autres termes, le progrès de l’Afrique se détermine en sa capacité à fournir des ressources, des outils, des moyens, des infrastructures, etc. à ses populations pour faciliter les déploiements et les bonheurs individuels. Comme le suggèrent certains, cela se traduit en la création des écoles, des hôpitaux, des centres, des formations, des bibliothèques, etc. C’est une façon de voir les choses, qui interpellent directement les politiques étatiques et gouvernementales. Sur une sphère politique, le curseur serait marqué à gauche.

De l’autre, le dynamisme d’une société serait mesuré par la capacité qu’ont les individus qui la constituent, à créer de richesses, à produire des revenus, à «entreprendre» finalement, parfois fatalement. Il ne s’agit ni plus, ni moins que de permettre à tous les acteurs de la société, chacun dans sa spécificité à faire quelque chose pour l’Etat, selon la célèbre citation de John F. Kennedy, «Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous. Demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays.». Politiquement, nous sommes à droite.

Il faut rajouter à cette catégorisation, l’effet sémantique du mot «entrepreneur». Pour la plupart des gens, l’entrepreneur serait en gros, le businessman, celui qui a et qui gère une entreprise. Classique et simple à comprendre. D’autres le nuancent en estimant que la simple idée de porter un projet, d’innover, de bouger les lignes même sans visée mercantile, suffit largement à qualifier le promoteur, d’entrepreneur. Enfin, d’autres y voient même simplement une attitude, un style de vie, qui mélangent idées, vision, actons, attitudes, etc.

C’est donc que toute analyse peut être biaisée si les repères sémantiques ne sont pas partagés. Parce que si d’un côté, on a inévitablement besoin d’écoles et autres établissements formateurs, régulateurs  et «épanouisseurs» de l’individu dans la société, il serait malvenu de brider les initiatives personnelles, qui pour les uns, sont des moyens de survie face à la dureté de la vie et pour d’autres, sont une façon de jouer un rôle social et enfin, pour des derniers, des médiums servant tout simplement à leur épanouissement – et c’est un droit.

A l’origine de cette tension

Le monde est financier. Il ne faut jamais le perdre de vue. De la même façon que j’ai abordé la problématique du réel intérêt des challenges au Cameroun,  je crois qu’il est important pour les Africains de voir plus loin que ce que la contemporanéité médiatique nous propose. C’en est trop de subir, surtout idéologiquement la façon qu’ont les autres de concevoir l’Afrique, de penser NOTRE développement avec les critères des autres. Qui ignore que les politiques nationales dans les pays occidentaux se libéralisent de plus en plus ? Qui n’est pas au courant de l’emprise de la loi du marché au détriment de l’intérêt général ? Et l’Afrique, ce scandale naturel, minier, démographique et de plus en plus, intellectuel, serait-elle épargnée par les vautours de la finance ? Je plains le sort de ceux qui croient à une aide au développement de l’Afrique par les Occidentaux. Merkel et Co. peuvent défiler dans nos pays, ils servent d’abord – et c’est normal – les intérêts des leurs. Est-ce moi qui ai inventé le slogan, «entre Etats, il y a pas d’amis, que des intérêts» ?

Qu’est-ce à dire ? Où est le rapport avec la vendeuse de poisson d’Hamidou ou le fermier du Kenya ? Il est simple. La croissance des pays Africains avoisinent les deux chiffres, le marché est là (à cause d’une démographie galopante et d’une augmentation de la classe moyenne), la démocrate s’installe de plus en plus (même si le combat continue), les ouvertures sont énormes et le talent répond présent. De l’autre côté, il y a des sociétés rigides, des jeunes qui s’expatrient de plus en plus, des multinationales qui délocalisent à tout va. Cette conjonction de facteurs, qui ne me parait pas anodine, a pour but de darwiniser l’Afrique.

Promouvoir l’entreprenariat, façon libérale, c’est progressivement installer des conditions de renoncement de l’Etat quant à ses devoirs.

Mais bien plus encore, générer des luttes de classe telles qu’on les voit aux États-Unis ou en Europe.

Le libéralisme, au-delà de ses effets économiques, a surtout un venin social, qui a pour but de triturer les liens sociaux au nom des initiatives privées.

La société de contrôle de masse est en marche.

Pour avancer

J’ai une entreprise.
J’entreprends pour gagner de l’argent, mais aussi pour le développement social et un épanouissement personnel (j’ai un profil dit créatif allié à une rigueur et une méthodologie exigeante). Je ne suis donc pas contre l’initiative privée en soi. Mais je milite pour que chacun trouve sa place d’une part et que surtout, les Africains n’embrassent pas aveuglément des concepts, sans les contextualiser. Je me plais à penser que les politiques gouvernementales doivent encore avoir la main sur certains domaines dits régaliens (énergie, eau, éducation, santé, culture, etc.). Toute initiative privée doit pouvoir souscrire à ce que certains ont souvent appelé «entreprise citoyenne», même si l’application est lamentable. Il faudrait que les talents quand ils s’expriment via des startups, des innovations, des idées, l’entrepreneuriat, soient catalysées et canalisées par des «instruments de contrôle». Oui, de contrôle. Il suffit de faire une simple analyse sur les lois économiques, agricoles, financières (notamment concernant les subventions) aux USA ou en Australie pour s’en apercevoir. Ils ne s’épargnent pas de blinder leurs économies par des arsenaux législatifs qui favorisent leurs entrepreneurs. En ce sens, la Russie et la Chine sont de bonnes ripostes et des modèles que l’Afrique devrait suivre.

Ainsi donc, l’entrepreunariat en lui-même n’est pas mauvais. Mais s’il est abandonné à lui-même, c’est les cerveaux africains qui seront rachetés par d’autres. C’est les nécessités locales et urgentes qui seront reléguées au second plan. C’est une Afrique qui ne réussira jamais à s’en sortir et sombrera dans une sempiternelle recherche de développement.

Qui a écrit cet article?

Sergeobee

Project Professional Manager, Chief Creative Officer, Marketing Manager, WebDevelopper, WebDesigner, Online and Digital Manager, producteur et animateur radio/TV et fondateur d'obosso. Founder et CEO d'artecaa, qui gère la plateforme de travaux ponctuels rémunérés eboloo.com.
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  • Merci pour ton analyse. 😉

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