Autant en emporte Etoudi2018

Biya Must Go !

Les appels n’en finissent plus pour une frange de la population Camerounaise. Certains en ont fait leur leitmotiv pour cette campagne présidentielle et la pire des choses serait de leur dénigrer ce droit. A écouter les conversations et débats dans les lieux publics et populaires, la seule tête du candidat sortant – et son bilan jugé catastrophique, suffisent à exiger un départ de celui qui a mené le pays depuis 36 ans de main de maître, sans contestation aboutie.

Le déroulement de cette dernière phase des élections présidentielles réserve son lot de surprises, bien loin de ce qu’on pouvait imaginer, bien loin des battements du tamtam présidentiel. Qui aurait pu croire que la diffusion en direct des réquisitoires des différents avocats des parties plaignantes serait possible sur la télévision nationale ! Et face à la nouveauté de ce qui se passe actuellement, des lueurs d’espoir naissent ça et là au point où certains s’en enorgueillissent d’avoir éveillé les consciences politiques ou d’apporter un souffle nouveau à la politique. Exit les travailleurs de l’ombre, les retraités politiques et tous ceux qui auront peiné à voir ce pays politiquement secoué. Ils n’auront pas part à la gloire des acteurs contemporains et les mémoires collectives, qui ne les connaissaient pas déjà, ne leur donneront pas la reconnaissance qu’ils auraient méritée.

Soif de changement ?

Au travers des discours et des propos, des publications et des commentaires, on peut déceler une forme d’espérance dans le cœur de plusieurs et nul doute que si jamais le président sortant échoue à un septième mandat (de trop, cela dit), des liesses populaires envahiront les rues du pays. Comme si quelque chose de sérieux se passait et qu’on serait donc en droit d’en attendre la concrétisation. Au nom de la soif de changement ; certains rétorqueront.

Seulement le changement ne se décrète pas, il n’est pas une rosée qui se dépose sur les toitures pour apporter un peu de fraîcheur ou sur les plantes pour les faire croître. Non pas qu’il soit compliqué à entrevoir, mais il est plus difficile à réaliser ; les vieilles habitudes ont la peau dure. Contrairement à la conception consensuelle des choses, Biya est la réponse parfaite à la nature réelle de la plupart des Camerounais. C’est parce que nous aimons le désordre, la loi de la jungle, la corruption, le laisser-aller, la saleté, la négligence, la fraude et le faux, que nous chérissons particulièrement l’absence de patriotisme et d’intérêt national et choses similaires, que Biya est plébiscité dans divers milieux. Il ne s’agit pas simplement de Biya la personnalité, mais de Biya, le système. Il est la garantie que les choses ne bougeront pas et qu’il favorisera presque toujours la ruse des uns au détriment de la justice due aux autres, que les forts et les protégés gagneront toujours face aux sans-réseau.

Il y a une grande différence entre voir Biya partir et voir le Cameroun changer.

Or, cette injustice dûment constatée par tous, fait l’affaire de plusieurs, parfois même de ceux qui la dénoncent. Tenons par exemple, beaucoup célèbre Me Ndoki aujourd’hui, mais combien sommes-nous à dézinguer les insoumis, les rebelles, les anti-conformistes, les anti-conventionnels, les amoureux du droit et de la justice, au nom de la sagesse? Ne sommes-nous pas les premiers à conseiller à ceux qui veulent le changement, qui osent défier les barrières, à contredire les traditions, à défaire les acquis, de se calmer et de ne pas combattre le système? Au fond, l’extase jubilatoire devant les plaidoiries des différents avocats, jointes à l’engouement général de cette campagne, ne sont qu’un jeu émotionnel au même titre qu’une compétition de football. Et ceux qui veulent y voir un grand moment de l’histoire du Cameroun, déchanteront très vite. Hélas, on est plus dans la « politainment »  (politique et entertainment), une distraction de plus, servant à alimenter les discussions de gargote. Tout simplement parce que le vrai changement est d’abord sociétal, structurel, systémique, avant d’être institutionnel. Il y a une grande différence entre voir Biya partir et voir le Cameroun changer.

Quand on demandera de ne pas brûler le feu ou de ne pas créer des lignes de voitures pour éviter l’embouteillage, serons-nous prêts ? Sommes-nous prêts à en finir avec la corruption pour obtenir les diplômes ou pour entrer dans une équipe nationale ? Le taux de la fraude fiscale est désespérément élevé, serons-nous prêts à payer normalement nos impôts et en finir avec les barbes mouillées ? Ndokoti, Mokolo et tous les autres marchés, seront-ils occupés selon leurs emplacements prévus? Les constructions anarchiques sur des marécages ou des terrains publiques cesseront-elles ? Le code de la route, sera-t-il respecté ? Les vols d’énergie (eau et électricité) s’arrêteront-ils ? Que dire des procédures de recrutement dans le privé comme dans le public ? Quel est le pourcentage des syndiqués pour observer un semblant de défense de l’intérêt général? etc. Et surtout, la sanction face à ces égarements sera-t-elle appliquée et acceptée de tous ?

J’en doute, même si je le souhaite fortement.
On est en droit de se poser la question,

Existe t-il un sentiment patriotique ?

Plusieurs postures et grilles de lecture peuvent se côtoyer, parfois contradictoires, en vue d’y répondre, étant sous-entendu une appropriation consensuelle de ce qu’est le patriotisme, éventuellement, de ce qu’est la patrie. Bien plus, y répondre clairement et objectivement serait une clé de compréhension du Cameroun d’aujourd’hui et un indicateur de celui de demain. Toutes analyses sociale, scientifique, politique, citoyenne, religieuse, historique portant sur les contradictions, convergences et autres dynamismes de la société Camerounaise, par déduction ou induction, trouvent leurs sens dès lors que l’on appréhende cette dite société du point de vue du rapport de l’individu au groupe, du citoyen à l’Etat.

Tout comme le changement mentionné plus haut, le patriotisme lui aussi ne se décrète pas. Il ne se limite pas à des drapeaux et à des hashtags sur des profils de réseaux sociaux, à des frontons « Paix – Travail – Patrie » sur les bâtiments d’administration publique ou à des frissons lors des exécutions de l’hymne national. Il n’est pas non plus la simple indignation sur les réseaux sociaux des réalités désobligeantes observées ça et là. Ce sentiment d’appartenance, qui se manifeste souvent par les sacrifices pour son pays, par la bienveillance sur les biens, équipements et bâtiments nationaux, par la recherche de l’intérêt général durable, par la loyauté et la fidélité aux valeurs de la république, par le lien invisible du destin commun est le résultat d’une formation, voire de formatage et d’une transformation produites chez un individu lambda, qui passe justement d’individu à citoyen. Qui cesse de penser uniquement pour lui, mais qui comprend qu’il fait partie d’un système et qu’il doit aussi contribuer à son meilleur devenir. La patrie et surtout l’amour de la patrie, sont la motivation essentielle qui empêche à un individu de ne penser qu’à sa gueule pour devenir un élément du puzzle.

La patrie ou la mort, nous vaincrons.
– Thomas Sankara, président de la République du Burkina-Faso.

La dite crise « anglophone », la situation au Nord, l’attitude d’une certaine diaspora, pour ne citer que ces cas-ci nous ont démontré que la gestion des situations, au mieux se limite à l’indignation publique, et au pire, suscite l’indifférence. Le Camerounais n’a de respect pour la chose publique, de quelque nature que ce soit, que lorsqu’il trouve un intérêt personnel POUR la chose publique.

Ce pays est paradoxal, c’est le moins qu’on puisse dire. Les gens ont soif de voir Biya partir, en tout cas une bonne partie, mais il n’est pas évident que les gens ont soif de voir le système et les mentalités changer.

La chefferie nous va si bien

La véritable force du statu quo ou de la régression du développement dans notre pays, est qu’elle nous est endogène, fortement ancrée en nous, sociologiquement et psychologiquement. La démocratie est malheureusement encore un luxe pour la plupart des Camerounais.

Loin de justifier ce régime, quand on pense aux salaires non payés, à la déliquescence, le délitement et l’étiolement des services publics, l’une des règles majeures en démocratie, c’est de respecter l’avis et le choix des autres. Aussi révoltant que cela puisse être, les gens ont le droit de voter Biya, pour X ou Y raison. On n’est pas obligé de se parer dans des discours de haine pour contre-argumenter les opposants à soi. Il faut se souvenir de la maxime, « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire« , faussement attribué à Voltaire.

Pour qu’un vote ait un sens en faveur du pays, il faut d’abord et par ordre de priorité qu’il intègre le sens du patriotisme, la maturité démocratique et enfin, la maturité politique.

Ensuite, l’expression du vote, l’intention cachée ou avouée derrière chaque dépôt de bulletin de vote, doit originer d’une certaine vision que l’on a de son pays. Il semble que la recherche de l’intérêt véritable du Cameroun a cédé à la seule motivation du « Biya must go« . Il est probablement impopulaire de penser ainsi, mais il n’en demeure pas moins vrai que c’est le cas. Pire même, les motivations tribalistes et sectaristes ont nourri les choix des électeurs. Or, pour qu’un vote ait un sens en faveur du pays, il faut d’abord et par ordre de priorité qu’il intègre le sens du patriotisme, la maturité démocratique et enfin, la maturité politique. En d’autres termes, chaque citoyen de la nation doit apprendre et comprendre son identité de citoyen (droits et devoirs), comprendre que ses actions quotidiennes (sociétaux, économiques, sportifs, culturels, publics, professionnels, etc.) ont un impact sur la nation toute entière, maintenant et demain. L’analyse de la sociologie des Camerounais invite à croire que la mutation du rapport peuple-chef vers citoyens-élus n’est pas encore opérationnelle. Ce qui est absolument visible dans nos associations, nos groupes, en entreprise, dans les marchés, en famille, etc. La parole du chef n’est que très peu généralement contestée. Président nouveau ou pas, il est indubitable que la plupart des Camerounais gardera cette même posture et attitude, c-à-d, la soumission publique et les murmures du couloir au lieu de la dénonciation et la contradiction publique. Pire, ceux qui se considèrent comme opprimés, seront les premiers à freiner toute velléité de contestation du « chef » ou de l’autre. Ceci met sur la table, la problématique du rôle du Camerounais dans son propre destin et de celui de ses compatriotes. Parce que Biya ou pas, le véritable pouvoir est entre ses mains (celui du Camerounais).

Au final que va-t-on retenir de ces élections ?

L’engouement populaire, la conscience politique embryonnaire, quoique pleine de potentielle, les prestations médiatiques de haute facture, le baroud d’honneur de certains candidats, des révélations de personnalités politiques brillantes.

La participation des votants en de ça des attentes, le bourrage et les fraudes, les réserves par rapport aux élections, le tribalisme, la haine et la violence, etc.

Les candidats sérieux, les espoirs, les déçus, les freluquets.

Oui et bravo, certains ont osé défier le pouvoir en place, avec un certain succès et c’est déjà ça de gagné. Mais je ne suis pas sûr que remplacer numériquement Biya par un autre candidat pour X ou Y raison est le gage d’un meilleur devenir, quoique le coup d’essai en vaut la peine.

En somme, on aura retenu beaucoup de choses, positives et négatives, mais un grand absent : le débat sur les programmes.

Tels des moutons de Panurge, des chiens devant le miroir, la plupart des Camerounais auront eu des émotions, auront succombé sous le charme de tel ou telle personnalité politique, auront vibré pour tel ou tel fait d’actualité, qu’ils soient au pays ou dans la diaspora, mais ne garderont rien des grands sujets de campagne, pas plus qu’ils n’en savent réellement sur les candidats. Pas par absence de programme, mais par défaut de culture politique. Sur moult murs et pages des réseaux sociaux, les uns et les autres parlent de tout et de rien, mais surtout se vantent leurs champions, juste pour leurs personnalités, en oubliant leur passé, leurs histoires individuelles, leurs trajectoires politiques, leurs promesses non-tenues, leurs mensonges chroniques. Peut-être parce qu’ils ne réclament pas tant que ça des programmes, mais un positionnement leur projection personnelle, un peu de soi.

Au-delà du lyrisme et des éloquences des différents protagonistes, au-delà de l’euphorie #Etoudi2018, il faut se poser la question qui en vaut vraiment la peine,

« cher(e) 237, es-tu prêt(e) pour le changement? »


Pour l’intérêt du Cameroun, que l’histoire me donne tort en ce que les Camerounais prendront en main leur devenir d’abord dans les sphères locales et ensuite au niveau national.

Project Professional Manager, Chief Creative Officer, Marketing Manager, WebDevelopper, WebDesigner, Online and Digital Manager, producteur et animateur radio/TV et fondateur d’obosso. Founder et CEO d’artecaa, entreprise offrant des services dans le digital.