Au secours: les bars nous envahissent

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Bar camerounais

Ce n’est plus un phénomène social, c’est désormais un fait: la ville de Douala est devenue une ville-temple du dieu Bacchus. De nombreux débits de boisson et pubs fourmillent dans la ville. Si dans tous les pays du monde, on en trouve et que les sociétés brassicoles sont assez florissantes, le cas du Cameroun est assez particulier. Et pour cause, vous êtes certain de décompter tous les kilomètres, un bar et ce, même dans les coins les plus reculés. Le comble, c’est qu’il n’est pas souvent isolé; un ou deux concurrents sont perceptibles par-là. Il serait d’ailleurs intéressant d’avoir le ratio débit de boisson/population locale. il n’est pas étonnant d’ailleurs de noter, par exemple, que la SABC est la troisième entreprise du pays en termes de chiffre d’affaires, allez savoir pourquoi. Même si on tient compte de ses sociétés filles comme SOCAVER, etc., elle tire ses plus grosses recettes dans la vente et distribution de bières.

Qu’est ce qui justifie cette augmentation exponentielle?

On pourrait évoquer l’idée d’une démographie forte au courant de ces deux dernières décennies dans les métropoles camerounaises (Douala et Yaoundé). En 2005, le pays compter 17.5 millions d’habitants pour 21.7 en 2012. De façon keynésienne, il est normal d’envisager que la croissance et la multiplicité des offres de bières seraient dues à une demande forte basée sur l’idée qu’il y a plus de personnes, quantitativement, disposées à consommer. Il faudrait cependant minorer cette réalité du facteur pouvoir d’achat, car rien ne laisse présager que le Camerounais moyen ait forcément de quoi acheter; du moins à la base et après avoir normalement évacué ses charges fixes (loyers, transport, ration alimentaire, santé, santé, etc.).

A ce jour, l’offre brassicole est si large et si variée, en canette ou en bouteille qu’on peut parler d’un forcing à outrance. Les publicités, qui contrairement en France par exemple, sont partout et sur tous les supports. La saturation de l’espace audio-visuel, dupliquée aux multiples événements culturo-sportifs sponsorisés par ces entreprises brassicoles, créent chez le potentiel consommateur le « besoin » de se procurer une bière. A ce titre, les marques mettent en avant le côté « in » et « fraternel » qu’il y a à consommer telle ou telle bière. Elles n’hésitent pas à faire de cet acte, un symbole de liberté, d’indépendance, de fraternité et même d’ascèse sociale (pour d’autres). On ne s’étonne pas que des gamins de 12 ou 13 ans, même sans avoir passé leur brevet se muent en entonnoir pour alcool de tout ce qui leur est proposé après l’examen. Dans les conversations les plus commodes, ne pas « boire » est synonyme de marginalisation pour celui qui ne le fait pas.

D’un point de vue sociologique, les « commentaires » autour de quelques bouteilles bien fraîches, tous les matins et soirs, fériés ou pas, ont fait croire à certains que l’alcool aurait des vertus de cohésion sociale. Les Camerounais ne sombreraient pas dans la guerre civile ou dans des revendications sociales fortes parce qu’ils auraient au moins de quoi avaler de temps en temps. Moi, je crois que cela les endort tout simplement et ne leur permet pas d’entrevoir sereinement, certes difficilement, l’avenir.

Pour les « psychologues », (je mets bien des guillemets), l’alcool permet de noyer les soucis. Hé ben, si l’alcool pouvait rendre les hommes plus fidèles à leurs épouses, les femmes moins obscènes lors des soirées du 08 Mars et les enfants conscients quand ils sortent la nuit, j’en serai le premier propagandiste. Hélas, les photos de « kabaas » soulevées par-dessus la taille et des hommes ivres tous les matins dans des rigoles, ont fini de ne pas me convaincre. Evidemment, ce n’est pas les champions brassicoles qui obligent les gens à consommer… Il ne faut donc pas prétexter la consolation face aux difficultés pour justifier les pitreries que l’on fait contre soi-même et sa famille.

L’alcool et ses disciples

Détrompez-vous, il n’ y a pas que les pauvres et chômeurs qui sont adhérents à une surconsommation de l’alcool. Les cadres, directeurs et même des ministres ne se gênent pas pour « boire à volonté » et ce, de façon ostentatoire. Les night-clubs, dignes détaillants de vin et whisky, ne désemplissent pas; au contraire! A croire qu’il y aurait un charme mystique qui conduit les populations à dépenser continuellement…

Maintenant, à souhaiter que la consommation d’alcool soit maitrisée, ce que je ne crois pas d’ailleurs, quelle autre solution y’aurait-il pour divertir le Camerounais ou pour encourager à saisir son destin? Pas de stade de sport, de nombreux problèmes avec la culture et le cinéma, le tourisme en berne, bref, c’est assez difficile d’entrevoir mieux que ça, surtout si l’Etat ne s’y met pas.

Je m’interroge…

Qui a écrit cet article?

Sergeobee

Project Professional Manager, Chief Creative Officer, Marketing Manager, WebDevelopper, WebDesigner, Online and Digital Manager, producteur et animateur radio/TV et fondateur d'obosso. Founder et CEO d'artecaa, qui gère la plateforme de travaux ponctuels rémunérés eboloo.com.
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