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A la quête du Macron Camerounais

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Source: http://www.cameroon-info.net/article/cameroun-presidentielles-2018-appele-a-se-presenter-contre-paul-biya-le-jeune-journaliste-juriste-cabral-287613.html
Source: http://www.cameroon-info.net/

Il suffit d’une poussée médiatique, rondement menée comme savent le faire les principaux médias mainstream dont la plupart sont à la solde des grands groupes financiers de ce monde (vous savez ceux qui considèrent que Saddam Hussein avait de l’uranium pour faire des bombes atomiques, que Kadhafi bombardait son peuple, que la Syrie massacre les siens, etc.) pour que le monde entier en soit à parler de choses qui bien souvent, n’affectent pas ou tout du moins, ne s’adressent pas principalement et efficacement à leur quotidien. Des phénomènes de buzz en quelque sorte.

Après donc le succès de la pokémonisation des esprits et du je-suis-charlie-nisme propagandiste mondial, voilà que le monde découvre Emmanuel Macron. Je laisse le soin à chacun de faire des recherches sur ce personnage dont les origines et les réalités témoignent de la capacité de ces élites à fabriquer littéralement des profils politiques sur la base des goûts et des orientations personnelles des uns et des autres, que ces derniers  laissent gratuitement sur différentes plateformes sociales. Bah oui, vos likes, tweets et commentaires révèlent vos goûts et choix, qui serviront plus tard à constituer l’offre politique qu’on vous proposera, cache-sexe de la précarisation de plus en plus galopante du monde, avec la bêtification des esprits qui va avec.

Pour autant, le sujet qui m’intéresse dans cette situation, est l’arrimage quasi-automatique des milieux soi-disant élitistes Camerounais. Mon beau pays, qui a récemment brillé en accueillant sa toute première entreprise (Chinoise à vrai dire) de création d’automobiles ou en organisant les jeux universitaires de Bamenda alors que la crise dite anglophone est encore là, n’a pas dérogé à la règle en matière de mœurs. Et quand c’est les uns qui font montre de leur panurgisme en qualifiant le polémiste juriste Cabral Libii de Macron Camerounais (il a démenti des intentions présidentielles en 2018) ou que le très célèbre écumeur des plateaux de télévision et membre du comité central du parti au pouvoir (RDPC), j’ai nommé Messanga Nyamding (je crois que s’il me lit là, il esquisse un sourire et il « rougit » de plaisir narcissique) se positionne comme le vrai Macron local, on ne peut constater que la route vers le référencement à des valeurs et modèles Africains n’est pas une priorité, ni même une éventualité dans les esprits de mes chers compatriotes.

Se définir par rapport à quoi? A qui?

Si j’étais footballeur, je n’aurais pas voulu être le Messi ou le Ronaldo Camerounais; encore que ce n’est même pas mes joueurs préférés. J’aurais aimé resté le Sergeobee tout court ou le Douala Manga Bell de 2017. Ceci revient à poser la question, somme toute banale, « quand est-ce que les autres auront pour référence des personnages noirs ?« . Cela dit, ils ont le droit de ne pas le faire. Donc, je modifie la question, « quand est-ce que les Camerounais cesseront de se définir selon le prisme culturel des autres?« .

C’est une question à laquelle j’ai partiellement répondu en systématisant par exemple la nomenclature des produits et services de mon entreprise (artecaa): ils portent tous des noms Africains (95%). C’est une exigence personnelle, corporatiste que je démarche même auprès de mes clients. Avec pour idée de leur expliquer que ce serait une fierté de se connecter sur assenaa pour la gestion de leurs projets ou de gérer leurs staffs via jangungo plutôt que d’avoir à requérir à Skype ou WhatsApp.

Qui trouve un problème à utiliser Ubuntu ou Joomla aujourd’hui? C’est des noms Africains et ça marche mondialement. Preuve que quand on décide, on peut bousculer les choses. Dans le but se positionner comme entité à part entière et pas de se niveler par rapport à l’autre. Ceci est d’autant plus important que cela nous force à réfléchir sur notre ou nos identités, à se questionner sur notre histoire, en cette période de nationalismes. Comme le recommande cette twitteuse en ce qui concerne son pays, le Québec :

Identité nationale, identités diverses, identités dynamiques?

En France, cette question a soulevé beaucoup de débats, notamment quand Sarkozy a décidé d’en faire un ministère dédié. Si on ne doute pas des intentions électoralistes et démagogiques du président-candidat de l’époque, qui a finalement perdu le scrutin, on peut toutefois et sainement tenter de circonscrire la notion d’identité, non pas pour pointer les différences, mais pour s’en servir afin de retrouver des correspondances entre individus dans la société.

La première connotation de cette idée peut aisément se définir dans le partage d’un passé, fait d’histoires et d’expériences communes, de guerres, de combats, de relations commerciales, cultures, etc. C’est aussi un reflet de mélange, de métissage, d’inter-échanges entre autochtones et étrangers. Une mixture de comportements sociaux issus de rencontres pérennes, d’opportunités transformées en habitudes, de mariages, de regroupement familial, d’expériences religieuses subies ou choisies, etc. Enfin, l’identité suppose aussi une orientation future convenue, un destin commun tenant compte à la fois des apports externes et des histoires locales visant à produire un socle de valeurs partagées, de lois sociales, de mœurs et influences imposables à tous et observés par tous, explicitement ou tacitement.

L’identité d’un peuple, dont le principal caractère est l’unicité ne saurait donc être une copie totale, parfois très médiocre, de celle d’un autre peuple. Les réflexes, habitudes et autres marqueurs d’identité d’une société doivent procéder et s’inspirer de la bibliothèque mémorielle collective, propre à elle-même et non pas imposés par une sorte d’atavisme des impositions étrangères, dans ce cas, coloniales.

Et en ce qui concerne les référents et modèles actuels, on ne peut pas se contenter, banalement, tacitement, fatalement, de se définir par rapport à l’autre ou à ses critères. Le combat vers l’indépendance réelle de l’Afrique commence d’abord par une « dé-lobotomisation » des cerveaux, surtout dans la conception Africaine de l’Afrique et de l’Africain. Non, les poupées noires ne sont pas laides; ni la couleur noire, celle du diable. Non, les Africains ne sont pas moins intelligents; ils sont juste parfois moins patriotes. Non, le progrès technologique, souhaitable, n’est pas un gage d’évolution de la société. Non, les héros et héroines Africains, au demeurant pas très connus, ne sont pas les absents de l’Histoire. Non, non et non! Le problème ne se pose pas dans les qualités intrinsèques de l’Africain, mais dans l’identification, l’appropriation et la promotion de son identité.

Modèles de société: la programmation de demain

Il est admis de tous que la société d’aujourd’hui est le résultat des décisions d’hier. Une façon de dire qu’aborder la question de la fierté identitaire ne peut se solutionner que si l’on en pose les jalons dès maintenant.

Arriver à voir un Camerounais citer un autre ou plus largement un Africain comme inspiration est un travail de longue haleine, qui nécessite d’abord de prendre conscience que nous ne serons respectés qu’à la mesure de ce que nous présentons aux autres. Si nous décidons de ne pas uriner en route, ne pas jeter les ordures à terre, ne pas banaliser les emblèmes nationaux, honorer les autorités, veiller à respecter les droits des citoyens, remplir correctement son ministère, ne pas détourner l’argent; si nous nous engageons à sacraliser le respect de la loi, à accorder une chance à tous, il est fort probable que nous générerons une génération de patriotes, d’amoureux de leur pays.

Là où l’illettrisme a pris la place de l’effort intellectuel, où la vie facile, l’ésotérisme ont supplanté la méritocratie, où la corruption a élu domicile en lieu et place de la performance et de l’égalité pour tous, on peut encore substituer à ces derniers, la formation à l’école dès le bas-âge des principes élémentaires de citoyenneté et d’éducation civique. Les médias de toute sorte ont encore la possibilité de diffuser des artistes locaux, les anciens comme les jeunes talents, les artistes peuvent encore idéaliser la sagesse plutôt que la débauche, les gouvernements ont encore une grande marge de manœuvre pour promouvoir les initiatives locales et enfin, les parents peuvent guider les enfants vers ce qui semble le meilleur.

A bien y regarder, a-t-on des repères pour s’en inspirer? Je suis au courant des classements Top X, des magazines et blogs de promotion de CEO et autres « influenceurs« , mais je m’interroge sur l’impact réel de ces initiatives, si ce n’est en règle générale, qu’un support d’autopromotion ou des plateformes de lèche-bottes.

Mais il y en a. Forcément. Quitte à ce que nous les valorisions comme tels. Une fois de plus, c’est encore à nous que revient la charge de définir qui nous sommes réellement, de tracer le sillon de notre histoire – réelle, mais pas hautement considérée. Le Cameroun est un grand pays et nous ne devons pas continuer à nous voir sous le prisme des autres. En cela, nous n’avons pas besoin de Macron Camerounais, mais des Um Nyobe, Samba, Douala Manga Bell, et à certains égards, des Paul Biya, etc.

Qui a écrit cet article?

Sergeobee

Project Professional Manager, Chief Creative Officer, Marketing Manager, WebDevelopper, WebDesigner, Online and Digital Manager, producteur et animateur radio/TV et fondateur d'obosso. Founder et CEO d'artecaa, qui gère la plateforme de travaux ponctuels rémunérés eboloo.com.
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